La France est un pays en crise. En crise économique et culturelle. Si on a le moral dans les chaussettes, et le portefeuille un peu limite, autant en profiter pour se détendre : « il ne peut plus rien nous arriver d’affreux, maintenant » (air connu). Et c’est sans doute pour cela qu’en pleine angoisse sociale, le divertissement est roi. Lancement en grande fanfare de chaque nouvel objet vidéo-ludique, console de jeux ou smartphone, et de plus en plus la culture nous est servie à bas coût… mais à un prix exorbitant.

Billet d’humeur (à pas cher)
Oui, faisons un rapide point. Plus la crise nous enfonce, plus la culture semble en profiter pour devenir un produit de luxe. Certes, on nous vend du blockbuster au rabais (suite, sequels, prequels, voir séquelles mémorielles pour nos neurones), mais dans un écrin de plus en plus joli. Besson fait son cinéma 5 étoiles avec champagne et caviar, alors que le prix d’une place classique flambe déjà à coups de 3D, Imax, Atmos etc… Alors oui, le prix moyen au niveau national reste aux alentours de 6,4 euros (prix CNC), mais l’offre et la demande varient également en fonction du lieu. Et pendant ce temps, dans la course (bien volontaire de notre part) à la technologie, on peut grimper de quelques euros… pour tenter de voir des films aux formats qui ne seront pas ceux prévus à l’origine. Ironie du genre, on court après des chimères pour vider nos poches. Un peu de sado-masochisme moderne auquel on peut facilement se soustraire en allant au cinéma… simplement, en séance classique (et avec sa carte illimitée, vous verrez c’est bien aussi). De l’autre côté de l’Atlantique, les prédictions des tontons Spielberg et Lucas pour une explosion des prix à venir semblent être une menace concrète, et des salles premium à tout-va fleurissent.
Sans les images
Pour la musique, plus compliqué d’éviter les pièges de la consommation de masse. Et plus rare est le groupe, plus chère est la place (il y a une certaine logique ici…). Et l’étau se referme doucement, dans la course à l’exclusivité à laquelle, avouons-le encore, nous participons de notre plein gré. Exemple suprême, avec les dernières tournées d’Arcade Fire, groupe sublime dont nous ne tairons pas le talent mais dont l’intelligence à chaque passage en France est redoutable. Prise d’assaut de la billetterie (cette montée en puissance des fans qui met hors circuit Digitick quasiment à chaque fois), recherche d’une exclusivité des distributeurs (lors de la dernière, seule les Fnac parisiennes distribuaient les précieux sésames, de quoi ravir le fan habitant en dehors de la capitale). Et cette année, outre le fait de proposer un concert exclusif en bordure de Paris (sympathique concept qui fait très vite grimper les tarifs, et réduit le nombre de places), voilà un Zénith rempli en 2 minutes. Et bientôt un deuxième. Well done côté économique (la prise d’otage n’aura été que temporaire, ils font très bien leur boulot), pas forcément côté public, où le fan asphyxié (et frustré) tentera le tout pour le tout et devra s’acquitter de la redevance exceptionnelle juste sous prétexte de voir son groupe favori sur scène.

Rassurez-vous, comme toute bonne groupie, nous avons combattu les serveurs HS des billetteries, et l’afflux de connexion pour en sortir une jolie place à prix surtaxé. Tarif bien plus élevé qu’à l’habitude (pourquoi exactement, mystère ? mais 45€ à 49€ au lieu des 35€ habituels), nous verrons donc Arcade Fire sur scène. Avec le plaisir et la déférence nécessaires, des étoiles dans les yeux mais un vieil arrière-goût qui nous fait dire qu’en ayant ainsi sacrifié comme le reste du troupeau nos petites économies, on pourra aller le reste de l’année boire des coups à pas cher dans les petites salles de France et de Navarre (et les festivals si on attrape des invitations, sinon autant hypothéquer le chat du voisin) apprécier les futurs stars de demain. Y a pas de honte, on sera aussi bien.
Ce qui nous fait repenser fatidiquement à cette jolie initiative venue d’Amiens, restée a priori sans suite : La culture a un prix.