127 Heures

On ne s’étonne plus de voir Danny Boyle, réalisateur curieux et expérimenté, s’adonner à des changements de genre dans sa filmographie. Des zombies aux drogués, des bidonvilles indiens à la chaleur du soleil, il affine son style tout en raflant les plus grandes récompenses. Le voir prendre en main une histoire vraie, un vrai acte de courage pour un huis clos à ciel ouvert, voilà un défi à sa mesure et l’occasion d’en mettre plein la vue, avec l’aide d’un acteur revenant au sommet de son art, James Franco.

127 Heures, c’est l’histoire vraie et véridique d’Aron Ralston, jeune randonneur intrépide et solitaire, qui se retrouve coincé au fond d’un canyon, la main bloquée sous un rocher. La fin est connue : après 6 jours d’attente, après avoir tout essayé, et vu ses quelques vivres rationnés au possible, le jeune homme utilisera un couteau mal aiguisé et beaucoup de courage pour se couper la main droite, et sortir vivant (mais diminué) de sa situation. Un tour de force surhumain, une aventure extra-ordinaire qui aurait pu déboucher sur un banal fait divers, une gentille histoire à raconter au coin du feu entre guides de haute montagne. Sauf qu’un certain Danny Boyle a décidé de mettre en image cette petite histoire, à force de mouvements de caméra et de stratagèmes de mise en scène.

Et ça fonctionne. Difficile d’imaginer un réel film sur ces 127 heures d’emprisonnement et d’isolement sans un très bon réalisateur derrière la caméra. Certes, Boyle conserve son bon fond, et ne peut s’empêcher de transformer un jeune inconscient en héros moderne, mais on restera focaliser sur le dernier quart d’heure du film, reproduisant sans détour (mais sans gore) la dernière étape de ce sauvetage extrême. A l’instar de Titanic, on connait l’histoire avant d’entrer en salles. Il restera alors à voir comment expliquer les tenants et les aboutissants d’une telle décision, voir comment Aron (formidable James Franco), entre délires et rationnements, gèrera sa situation bien mieux qu’il n’aura gérer sa randonnée (partir seul, sans prévenir personne…). Boyle s’amuse visiblement à sortir tout l’attirail moderne pour filmer dans cet endroit exigu, entre mini caméra et plan caché (on vous en laisse la surprise, mais il filme partout). Décidément à la pointe du cinéma depuis Slumdog Millionaire, le réalisateur anglais nous sort ici un film punchy, rythmé, avec une vraie histoire qui ne demande pas d’artifices supplémentaires. Un acteur, un canyon, à peine quelques hallucinations.. Voilà un film épuré en fond, très riche visuellement, qui se rapproche plus du film concept que d’un vrai grand chef d’œuvre.

Et la montée en pression aidant, vers cette fin inéductable (insoutenable, si on prend en compte les divers évanouissements de spectateurs dans le monde), 127 Heures se suit sans mal, aidé par une durée relativement courte, et beaucoup d’idées de mise en scène, certes un peu tape à l’œil, mais sans être dérangeant. La bande originale, très rythmée (Plastic Bertrand ?), et des plus modernes, s’oppose au paysage désertique que l’on voit dans la totalité du film. Un vrai mix de l’ensemble, offrant un film solitaire et forcément contemporain, sur l’individu et une histoire peu ordinaire. Un vrai film… coup de poing.

4 / 5