Écrit et Réalisé par Arnaud Viard. Avec Arnaud Viard, Irène Jacob, Louise Coldefy, Nadine Alari, Gilles Gaston-Dreyfus, Chris Esquerre, Léa Simoncini, Christophe Rossignon. France. 80 minutes. Sortie française le 1er Avril 2015.
Arnaud Viard n’est pas n’importe qui. Il jouait le père dans la série de TF1 intitulée QUE DU BONHEUR. En tout cas, c’est comme cela qu’il se fait reconnaitre. Dans ce détail, on sent qu’il y a à la fois une gêne et une joie d’être reconnu. La gêne provoquée par des fans qui l’interpellent en tant que François (le nom du personnage dans la série de TF1). Et une joie provoquée par la reconnaissance. Ceci est le postulat du film, jusqu’à avoir l’idée farfelue d’intégrer un morceau du générique de la série TF1, dans son propre film (au début, pardis). Le postulat, en d’autres mots, c’est de jouer son propre rôle dans une fiction qui ressemble au réel.
Pour cela, Arnaud Viard va chercher un réalisme absolu dans son esthétique. Tourné dans les rues et des appartements de Paris, tout fonctionne selon la lumière et l’atmosphère naturelles. C’est le fruit d’une approche qui jongle souvent entre fiction et documentaire. En s’intégrant soi-même au film, mais avec des partenaires jouant un rôle fictionnel, Arnaud Viard joue sur l’ambiguïté de son approche. Parce que le point de vue est constamment de son côté, l’esthétique nous vient comme une chronique documentaire (tel un reportage « la vie d’un artiste fauché », en plus beau et plus efficace). Et parce que le point de vue est constamment de son côté, les plans se construisent par la fiction pour parler d’un effet documentaire. Et ça, c’est très astucieux et très agréable.
Par ce point de vue, Arnaud Viard pourra apporter un regard sur soi-même. Pendant la majorité du film, l’acteur-réalisateur ne se prendra pas au sérieux. Même dans quelques situations dramatiques, Arnaud Viard arrivera à jouer de l’auto-dérision. Quand il se met à rencontrer une fille via Meetic, quand il tente inconsciemment de rajeunir avec une relation avec une étudiante, quand il écrit le scénario d’un film au pitch incongru, etc… Arnaud Viard ne veut pas chercher à sortir un propos. Il cherche seulement à pouvoir jouer et réaliser un film, qu’il pourra ensuite montrer à du public. Arnaud Viard se montre comme un type ordinaire, qui tente de gagner sa vie du mieux qu’il peut, avec la décontraction et la distanciation nécessaires pour empêcher l’éloge personnel.
Cette auto-dérision vient se raccorder avec un effet grandissant tout au long du film. Celui de la technique artisanale. On a vu que le film aborde une esthétique réaliste. Mais avant tout, c’est parce que le film est limité dans ses moyens. L’artisanat du film se ressent avant tout dans le découpage, où la caméra vient agir comme un témoin perpétuel. Avec des plans des plus académiques, Arnaud Viard parvient tout de même à capter l’essentiel. Son découpage permet uniquement de saisir ce qu’il y a à retenir d’une situation. Une discussion sur un sofa se voit dans un plan moyen fixe de face. Mais avec le jeu qui s’appuie sur l’approche docu-fiction, le découpage traduit une vérité naturelle.
Le but du film est ainsi clair, dès le début : s’amuser. Arnaud Viard ne cherche jamais à s’éterniser ou même trop développer sur un thème. Il déroule ses thèmes petit à petit, avec même une logique intéressante. Comme si, le fait de prendre plaisir à tourner un film, permet de garder une autonomie dans la progression des thèmes. Quand on arrive vers la fin du film, il y a cette impression qu’il ne peut y avoir d’autre conclusion. Que tout parait d’une évidence accrue. Ainsi, dans sa mise en scène, Arnaud Viard alterne entre des instants d’émotions (minimales mais tellement vraies) et des instants d’improvisation (accentuer le schéma docu-fiction).
S’amuser, d’accord, mais à quel objectif ? L’enjeu est clair : chercher le vrai et le retranscrire dans la fiction. Comme si la fiction ne peut fonctionner véritablement qu’avec sa part de réel qui agit constamment. Il y a quelque chose de Platon dans cette vision artistique. Là où la poésie de la fiction ne peut donner un regard juste sur le propos. Que la poésie artistique, par la fiction, n’est qu’une copie tâchée d’ombres. Il doit forcément y avoir le réel qui vient s’incruster, pour réussir à assimiler toute l’analogie de la poétique.
Grâce à cela, Arnaud Viard définira deux idées au sein de son film. Son schéma d’ambiguïté entre documentaire et fiction lui permettra : une loufoquerie vis-à-vis du monde artistique, et une tragédie humaine. Le monde artistique est tellement complexe et à alternance beau/cruel, qu’Arnaud Viard le personnage ne peut qu’y être de manière absurde. Dans son film, Arnaud Viard décrit l’art (et notamment sa réussite) comme un doux fantasme. Mais pas complètement inaccessible. Ce film trace un chemin rocambolesque, telle une quête alambiquée, vers la réussite et le succès. D’un autre côté, l’approche docu-fiction permettra de regarder tout le côté humain des personnages. En dehors du monde artistique, le film jette un oeil léger sur la tragédie humaine. Notamment sur les grands sujets classiques : la famille, l’amour et l’amitié. Des intrigues toutes simples qui sont tout de même traitées avec une vérité dure. La beauté de ces instants de tragédie humaine provient d’une réflexion de mise en scène : amener les situations en douceur, sans jamais mettre un pied dans la brutalité rythmique.
Le seul grand problème du film (les paragraphes précédents peuvent révéler être des inconvénients aux yeux de certains cinéphiles), c’est à l’écriture. Non pas que les répliques sont affligeantes, elles sont totalement limpides, fines, même si vite oubliables. C’est dans la narration, et sa progression. Déjà que les cartons-titres insérés au montage sont ridicules et inutiles, le film est une fausse chronique. Arnaud Viard ne parvient pas à différencier les moments de chronique, avec les moments de narration fictionnelle pure. L’approche documentaire agit via une chronique sans temporalité particulière, mais la narration fictionnelle agit sur une boucle qui a besoin d’être bouclée. En cela, le rythme du film se confond à plusieurs reprises. Ainsi, le film reste agréable dans son artisanat, son regard sur les thèmes. Mais c’est un bon amusement, sans enjeu cinématographique.
3.5 / 5