Après un court-métrage d’essai en 2014 et LA FILLE DE NULLE PART en 2012, il n’y avait plus de trace de Jean-Claude Brisseau au cinéma. Mais le voilà de retour. Et il est sur la continuité de films comme CHOSES SECRETES, ou CELINE, ou encore LES ANGES EXTERMINATEURS. Le cinéaste est toujours autant préoccupé par le corps et par le sexe. Le cinéaste français cherche à nouveau ces choses secrètes qui sont dissimulées dans les esprits de ses personnages. Même encore un peu plus qu’avant, les femmes de son récit sont des puzzles détachés, que le cinéaste s’emploie à vouloir assembler. Sauf qu’elles ne sont pas en morceaux pour rien, ainsi ce qui permet de les retrouver « entières » est la présence et la complicité qu’elles forment avec d’autres.
QUE LE DIABLE NOUS EMPORTE est un conte érotique, sans en douter. Mais c’est son traitement qui en fait une oeuvre pleine de curiosités, parfois cohérentes et parfois imparfaites. Brisseau n’a pas oublié son regard onirique sur ses récits. Sauf que le film ne creuse pas la question de l’onirisme, ne traite la spiritualité que par un autre biais (on y reviendra) ou alors l’effleure le temps de quelques dialogues mous et sans finesse. Pourtant, le film est une fantaisie amer où le sexe est à la fois un moyen d’obtenir le plaisir (donc de sortir de la solitude et de la déprime) et un moyen d’auto-destruction. Toutefois, les outils intégrés pour l’onirisme, que sont le téléphone portable et l’ordinateur, ne sont que rarement exploités.
Même si le cinéaste rejette ici toute convention narrative et morale, il fait preuve de maladresses et de statisme. On peut, encore une fois, lui repprocher d’être plus inspiré lorsqu’il met en scène une scène de sexe, qu’une scène de dialogue. Puis, même si les moyens manquent et qu’il a dû tourner cela dans son appartement, cela n’est pas une raison pour le manque cruel d’inspiration formelle. L’esthétique manque terriblement de lumière, autant que l’ambiance est agréablement constituée de légèreté et de gaieté. Il s’agit effectivement d’une comédie de moeurs, avec un solide croisement des récits (trois protagonistes, trois récits), qui a du mal à renouer avec les motifs de l’ironie et de l’ambigüité présents notamment dans CHOSES SECRETES (dont le lien ne fait aucun doute).
Le vrai côté sympathique du film réside dans la présence de Jean-Christophe Bouvet, dont la présence est assez surprenante, surtout dans le registre loufoque de son personnage. Il est rare que Brisseau s’emploie à un tel ton, mais cela est très cohérent au vu du détachement recherché par les personnages. Avec ce personnage fabuleusement interprété par JC Bouvet, QUE LE DIABLE NOUS EMPORTE propose un contrepoint sur la chaleur des corps, sur la théorie du plaisir, mais aussi sur la recherche d’images. Le problème est le manque de confrontation, car le cinéaste recherche l’absolu dans le discours sur le désir. Il cherche à percer ces choses secrètes à travers les mêmes discours, avec les mêmes motifs, mais avec des images artificielles.
QUE LE DIABLE NOUS EMPORTE de Jean-Claude Brisseau
Avec Fabienne Babe, Isabelle Prim, Anna Sigalevitch, Jean-Christophe Bouvet, Fabrice Deville
Pays : France
Durée : 1h38
Sortie française : 10 Janvier 2018