Le cinéma italien est toujours bel et bien vivant. Déjà cette année, Marco Bellochio a sorti La Belle Endormie. Bien que sa narration et certaines idées non abouties lui sont ses défauts, le film montre que le cinéma italien a encore de belles choses à proposer. Après un malheureux accident et une remise en question, Bernardo Bertolucci (plus reconnu que son confrère Bellochio) revient avec Moi et Toi, et son fameux thème sur la jeunesse.
Plus précisément, dans ce film, Bertolucci s’intéresse à une quête intérieure. Celle de la vérité. Les deux jeunes personnages se cherchent (socialement et professionnellement) depuis longtemps. Pour aller plus loin, le cinéaste italien explore les aspirations, les déceptions, les luttes et les rêves d’une jeunesse. A travers le spontané, les deux protagonistes vont se créer et se révéler. Pour cela, le cinéaste capture leur vitalité, leur curiosité et parle de leurs états émotionnels.
A noter que tout cela est amplifié par la bande originale. Avec des sons de David Bowie, The Cure, Arcade Fire, Muse et même Red Hot Chili Peppers, nous avons un Bertolucci qui s’en sert qui extérioriser les humeurs de ses jeunes personnages. Quand on voit les expressions des yeux de Jacopo Olmo Antinori, ou l’énergie et le charisme de Tea Falco, on se dit que les personnages sont entre de bonnes mains. Le plus difficile pour les deux acteurs, fut surement de jouer dans un huis-clos.
Même si la première demi-heure connaît de nombreux lieux, toute l’heure restante se déroule dans la cave. Dans sa mise en scène, Bertolucci use de nombreux symboles : les fourmis formant une colonie où pourtant chacune est solitaire, l’animal qui tourne en rond, la salle de bain pas très propre, etc… Mais surtout, la cave est plutôt encombrée. Ce qui ce déroule dans la tête des jeunes personnages, dans un sens perdus, se matérialise dans le huis-clos. Il faut tout ré-organiser, il manque plusieurs choses pour survivre, l’endroit sert de cachette physique (alors que les personnages se cachent aussi mentalement).
C’est avec sa mise en scène très sérieuse que Bertolucci séduit. Car avec tous ces détails, il montre un réel amour pour les jeunes personnages, et donc en même temps pour la personnage. Sa fascination n’a pas de limite, et ça se voit avec sa réalisation. En effet, au terme de quelques plans séquences ou de gros plans (voire certains plans rapprochés), le cinéaste laisse ses acteurs (et donc ses personnages) jouer/lutter avec leur corps.
Le soucis dans sa réalisation, c’est bien le huis-clos qui le cause. Principalement, en tout cas. Enfermés dans cette cave, le relief n’existe pas vraiment. Du coup, le spectateur manque de repère pour se déplacer dans le labyrinthe psychologique créé. Dans Dillinger est mort, Marco Ferreri rendait le personnage de Michel Piccoli assez cynique, avec une touche de burlesque. On s’amuse à regarder ce concepteur de masques à gaz jouer dans son appartement la nuit. Ici, l’intrigue s’étale sur toute une semaine.
Le spectateur est alors conditionné à contempler la réflexion de Bernardo Bertolucci, sans grande chance d’identification. Même si l’attachement aux personnages est possible, ça n’ira pas au-delà. La mise en scène et les répliques manquent cruellement de folie. On pourrait pratiquement dire que le rythme du film est porté par Tea Falco seule. Et même si le 35mm a quelques tendances à susciter une nostalgie impressioniste, Bertolucci manque de tension pour que le film prenne enfin son envol.
Enfin, je vous laisse essayer de trouver le rôle qu’a Pippo Delbono dans le film (c’est un célèbre metteur en scène de théâtre).
3.5 / 5