Black Rebel Motorcycle Club – Baby 81

Prodigieux, tel est le nouvel album (le quatrième) des Black Rebel Motorcycle Club, Baby 81 , en référence à l’un des rescapés du tsunami en Asie. En effet, après un Howl qui avait surpris son petit monde en prenant un virage folk et acoustique des plus plaisants, on pouvait s’interroger sur la tournure du contenu de son successeur. Le résultat ne met pas longtemps à se faire attendre : Baby 81 est tout simplement la synthèse parfaite des précédents albums, les deux premiers (B.R.M.C. et Take Them On, On Your Own) très rock, et donc ce Howl exceptionnel.

Pourtant, ce n’était pas gagné d’avance. Peut-être parce que Took Out A Loan, assez continu et qui commence le disque, ne montre pas totalement la richesse de l’ensemble. Mais c’est presque oublié dès le rythmé Berlin qui se révèle d’ailleurs magnifique en version acoustique comme le groupe le joue parfois en concert. Ces deux premiers morceaux montrent le retour du rock des débuts dans la palette des BRMC, mais le single Weapon Of Choice constitue une véritable transition, mélangeant habilement les genres et introduisant surtout la rupture marquée par Window. Un titre de plus de six minutes, un piano, des voix légèrement plus élevées, et un résultat magnifique pour le premier moment fort de l’album.

Le disque repart ensuite sur un ensemble de titres plus traditionnels mais tous d’une grande qualité, parfois teintés de sonorités comme le très “dandy warholien” Not What You Wanted, coincé entre les sombres Cold Wind et 666 Conducer, alors que le progressif All You Do Is Talk se montre particulièrement riche en valorisant la voix, en l’occurence ici celle de Peter Hayes, qui se partage d’ailleurs la moitié des morceaux avec son compère Robert Levon Been. Lien On Your Dreams et Need Some Air constituent des titres dynamiques et entraînants, le premier étant rehaussé par son final sympathique, et le second par ses guitares rageuses malgré un léger côté répétitif.

Baby 81 réserve aussi et surtout un final d’exception, composé des trois derniers morceaux. Killing The Light vaut le coup d’oreille pour l’ensemble de ses éléments (aussi bien vocaux qu’instrumentaux) qui en font un titre extrêmement représentatif de l’album. Cependant, il est quelque peu effacé par l’énorme American X et ses neuf minutes d’anthologie que l’on ne sent d’ailleurs quasiment pas passer tant le morceau regorge de moments forts, qu’il s’agisse de Robert Levon Been poussant sa voix dans ses retranchements, de la formidable rupture en son milieu laissant place à une guitare habitée, ou de la reprise finale portée par des chœurs, qui achève en beauté ce titre déjà à marquer comme l’une des références du groupe. En conclusion, les Black Rebel Motorcycle Club nous servent un très “howlien” Am I Only, tout en douceur acoustique, folk et spirituelle, avant de livrer une superbe envolée qui retombera définitivement, comme la dernière page d’un grand livre qui se referme, laissant le lecteur-auditeur contenté et ébloui par tant de maitrise.

Il y a quelques années, peu de gens auraient pu parier sur la qualité de la production des BRMC, et surtout l’extraordinaire maturité qu’ils allaient atteindre avec Howl. Voici que maintenant ils entrent définitivement dans l’histoire du rock en signant ce Baby 81, véritable accomplissement de leur carrière. Un grand groupe, de grands albums, tout simplement.

4.5 / 5