Mount Kimbie – Cold Spring Fault Less Youth

Tout va très vite pour Mount Kimbie. Présentant en 2009 ses premiers maxi, le duo composé de Dominic Maker et Kai Campos sort déjà son second album, Cold Sprint Fault Less Youth, qui a la lourde tâche de succéder à l’excellent Crooks & Lovers, disque qui avait posé les bases d’un post-dubstep aux sonorités rouillées mais élégantes. Aujourd’hui, c’est sous l’étiquette Warp – label hype où évoluent notamment Grizzly Bear, PVT et Flying Lotus – que les deux anglais présentent leur second album, encore plus saisissant. Aucun doute : les kids qu’ils étaient il y a peu ont quitté leur chambre d’étudiants et évoluent désormais aux côtés des plus grands.

Avec Cold Spring Fault Less Youth, Mount Kimbie sophistique sa musique en la libérant du dogme de l’electronica : une part plus importante à la mélodie, des chants planants (Sullen Ground, titre apocalyptique du disque) et, surtout, un incroyable sens du rythme (Made to Stray, Break Well), tendent à rendre le disque moins radical, plus accessible, que les précédentes productions du groupe. Ici, les cordes (So Many Times, So Many Ways) et autres claviers (Slow) posent brutalement leurs empreintes tandis que les vocals se font lancinants et constituent la marque d’une souffrance qui n’était alors esquissée que par les notes d’une guitare désaccordée. En s’ouvrant aux chants, Dom et Kai étoffent leur musique et les sensations qu’elle procure : les deux morceaux où King Krule est invité (You Took your Time et Meter, Pale, Tone), merveilles de pop mélancolique, sont les exemples les plus frappants de cette volonté inédite d’affranchissement. Le processus de création a changé, et cela se ressent.

Pour autant, la rigidité qui caractérisait le groupe reste d’actualité. Les embuscades demeurent nombreuses au sein de titres qui se différencient tous des uns des autres, et les arrangements ne prennent jamais le chemin que l’on pense – preuve en est Home Recording, géniale balade post-traumatique qui commence et se termine par un enchanteur air jazzy. A ne pas en douter, l’album s’écoute d’une traite, tant ses enchainements sont percutants : Cold Spring Fault Less Youth est un voyage à bord d’un train dont la vitesse varie de manière spontanée et où chaque morceau représente une gare. On plaint le sourd qui ne pourra y entendre une musique contournée et ensorcelante comme jamais.

 

4 / 5
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