The Strokes – Angles

Dix années se sont écoulées depuis Is This It, le premier album des Strokes, l’air de rien l’un des plus importants groupes de rock des années 2000. Et c’est même 5 ans après le précédent album — First Impressions of Earth — que sort enfin ce Angles, déroutant, aussi bien sur le fond que dès sa pochette…

Mais on ne dissertera pas trop sur l’esthétique de son visuel, car le principal est bien ailleurs. Et le premier constat qui s’impose c’est le retour à un format des plus courts. Oubliée la générosité du précédent album ou même celle de l’oeuvre solo de Julian Casablancas (5 minutes par morceau en moyenne) : sur les 10 titres d’Angles, aucun ne dépasse 4’15. Et tout s’enchaîne donc assez vite.

L’impression générale reste assez mitigée. Comme si The Strokes s’étaient assagis, en témoignent les deux premiers morceaux, l’excellent Machu Picchu (hit en puissance) et Under Cover of Darkness. C’est ensuite que le « choc » se produit. L’âme des Strokes s’est diluée dans des sonorités improbables jusqu’alors pour le groupe, flirtant allègrement avec les années 80 parfois (Two Kinds of Happiness, Games) ou l’expérimental (You’re So Right, Call Me Back). En réalité, ce qui ressort de cet album, c’est la sensation que Julian Casablancas a pris l’ascendant sur ses compagnons et impose son propre style. Les guitares se font parfois absentes, ce qui est dommage quand on a dans son équipe quelqu’un comme Albert Hammond Jr.

Gentil, rétro, Angles garde heureusement deux ressources pures Strokes en fin de disque, Gratisfaction et Metabolism. Mais il se termine aussi sur l’étonnant Life Is Simple in The Moonlight qui semble tout droit emprunté à Nada Surf. Déroutant, on vous dit.

Pour son quatrième album en 10 ans, The Strokes nous sert donc un virage inattendu mais pourtant pas imprévisible quand on a connu les projets de ses différents membres. Si Casablancas mène la barque comme jamais auparavant, il plonge également son groupe dans un renouveau. Un renouveau qui puise beaucoup dans le vintage certes, et qui n’est finalement pas si désagréable, mais qui enlève la rage et l’arrogance qui ont tant construit et imposé le nom The Strokes sur la scène musicale internationale.

3 / 5