Pour reprendre les paroles d’un certain M-E. N. : « la première oeuvre doit être un cri du coeur qui exprime ce que vous êtes ». Des mots particulièrement adaptés pour cette première critique sur ce qui était, à tord, un des shows les plus attendus de ce début d’année.
Disons-le tout de suite : Intelligence est ratée.
A l’heure où certains à Hollywood se reconvertissent aux séries, nouvel eldorado des déçus du 7ème art, la dernière série de CBS (les Experts, NCIS, The Big Bang Theory) est la preuve que comme au cinéma on peut être sur le papier une machine artistique à succès pour se révéler, au final, être digne de nanarland. Exemple récent : les Brasiers de la Colère, mais ça, c’est une autre histoire.
Prenez donc le casting, on retrouve Josh Holloway aka le fameux Saywer de Lost et Marg Helgenberger des Experts – oui, CBS sait recycler intelligemment ses acteurs clés. Ajoutez enfin le pitch :
Gabriel Vaughn est un agent très spécial à l’intelligence augmentée. Grâce à une puce intégrée dans son cerveau, il peut se connecter à l’ensemble du spectre électromagnétique : Internet, Wi-fi, téléphone, satellite
(source Allocine – oui, j’ai également accès à Internet grâce à mes doigts connectés à mon ordi). Intelligence avait donc un boulevard pour craquer une histoire mêlant Ennemi d’Etat, Metal Gear Solid et autres oeuvres du genre en profitant pleinement de cet homme augmenté – d’autant qu’elle prend le contre-pieds de la majeure partie de la littérature d’anticipation actuelle : l’arme du futur serait un être humain amélioré grâce aux nanotechnologies.
Passez les 40 (longues, très longues) premières minutes, on se retrouve avec la sensation d’avoir un Windows Phone : un objet creux et insipide. D’abord Josh Holloway a semble-t-il oublié qu’il était acteur pour préférer revenir à son premier métier : mannequin. Ne le blâmons pas, il est à l’image de toute l’équipe : un surjeu à la limite du ridicule. Osons le dire : les acteurs de Plus Belle La Vie jouent mieux. Tout comme la série de France 3, les histoires sont ridicules et invraisemblables. Quant aux rebondissements, les ficelles de MacGyver étaient plus subtiles ; Richard Dean Anderson faisait preuve de plus d’inventivité. Quant à la puce, elle, elle ne sert pas à grand chose. La seule vraie innovation réside dans la projection holographique que peut recréer notre top model agent et qui laisse à penser que les soit-disants scénaristes portaient des google glass à ce moment-là. Notons toutefois la volonté de ces apprentis consommateurs de Word de restituer un univers dark – à la mode comme vous le savez depuis Batman . Vous aurez donc le droit à un héros tourmenté (sa femme est morte mais sauf que non, elle est en fuite parce que devenue terroriste, mais en fait non, au fond elle est gentille, enfin on sait pas trop) ainsi qu’à des remises en question de la société américaine sous formes de questions rhétoriques réglées au bout de 4 minutes (soit le temps de cuisson des knackis) du style : peut-on tout faire pour protéger la liberté ? ou peut-on commander 4 buckets de poulets grillés quand on tente de fuir la NSA ?
Voilà. Alors si un de vos amis vous lance, un lendemain de soirée, un « et mec, si on regardait une série ? J’ai récupéré Intelligence, ça a l’air pas mal », faites quelque chose d’intelligent : sortez, prenez-vous un McMorning (s’il n’est pas midi passé), rentrez chez vous et regardez PBLV en replay.