Interview : Lenparrot aux Trans Musicales 2015

2015 n’a pas été que fait de déceptions : cette année, nous sommes tombés amoureux d’Aquabonism, le premier EP de Lenparrot. Après un premier single lancé en appel, Les Yeux en cavale, est sorti l’EP, situé dans un univers inconnu, qui rend la pop grave, enivrante, et emprunte le meilleur au R’N’B .

Puis, l’essai a été transformé lors de ses nombreux lives, et notamment celui des Trans Musicales, qui a marqué les esprits. C’est à cette occasion que nous avons rencontré le nantais, échappé de Rhum For Pauline, pour lui poser quelques questions.

Hello Romain, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Romain Lallement, j’ai 26 ans, et j’écris et je chante des chansons, et quand je fais ça seul, ça s’appelle Lenparrot.

Ce nom rend hommage à Baxter Dury, est-il l’une des influences pour ce projet ? De façon plus générale, est-ce que tu peux me parler des groupes qui ont marqué ce projet ?

Pour revenir sur le nom, c’était un emprunt qui me semblait légitime : quand j’ai commencé à composer des chansons pour Lenparrot, c’était un album (NDLR : Len Parrot’s Memorial Lift est le premier album du chanteur britannique) que j’écoutais vraiment de manière obsessionnelle. J’avais envie de faire ça en clin d’œil parce que c’est vraiment un disque qui a été un super partenaire à un moment où ça n’allait pas trop.

Plus largement, il y a forcément beaucoup de choses que j’écoute et qui doivent m’influencer. Après de manière plus évidente, il y a Stereolab, ou le premier Blond Redhead. Je ne saurais pas dire dans quelle mesure ils ont influencé mes chansons. Mais il y a forcément toutes les choses que j’aime qui transparaissent d’une manière ou d’une autre dans ce projet.

Tu mènes de front un autre projet, qui s’appelle Rhum For Pauline, passes-tu par les mêmes processus de création ? Est-ce que tu différencies les moments de création pour chaque morceau ?

C’est sûr qu’il y a une partie schizophrénique dans le fait de tenir les deux, mais quand je m’assois devant mon piano, je ne me dit pas « tiens, ça c’est pour Lenparrot », ou « Là je vais composer pour Rhum For Pauline ». C’est plutôt en fonction de la direction et de l’esthétique qui est prise, mais aussi de l’envie de voir la chanson évoluer au sein de tel ou tel projet que je décide.

C’est quelque chose qui n’a pas forcément été évident au début, parce que la frontière entre les deux groupes est très poreuse. C’est pour ça que maintenant je décide seul : sinon, il y aurait une incessante querelle.

Et en terme de temps, est-ce que ce n’est pas trop chronophage, de devoir jouer et travailler pour deux groupes ?

C’est du jonglage c’est sûr, après c’est ce que j’ai toujours voulu faire. Je suis profondément heureux de jouer dans les deux, c’est la même fougue qui m’habite quand on va sur des dates. Ce ne sont juste pas les mêmes émotions qui transparaissent. Avec Rhum For Pauline, il y a une émotion plus collective, de par le fait d’être cinq, sur scène comme dans la composition.

Pour Lenparrot, je vois plus ça comme une ballade en solitaire, même si je suis accompagné pour la production et sur scène. Je ne me fais pas le porte-parole de la même chose, ce sont deux projets distincts. Lenparrot est mon projet solo donc ne concerne que moi.

Tu parlais de la scène : vous n’êtes que deux sur scène dans Lenparrot, et ça colle assez bien à l’esthétique, au côté épuré du projet. Est-ce que tu aurais l’idée de rendre ce live plus étoffé, avec d’autres musiciens ? Ou est-ce que tu comptes garder cette démarche ?

Ouais, j’y ai songé, même quand on a commencé et quand j’essayais d’imaginer comment pourrait-être la disposition scénique. Je trouve que pour l’instant, ça colle très bien à deux avec ce côté hyper dépouillé. C’était une volonté prédominante de n’avoir que le chant sur scène, et d’être vraiment concentré sur le fait de raconter une histoire et être dans un dialogue très à nu avec le public.  C’est pas quelque chose qui me gène pour le moment, mais on va voir comment ça peut évoluer.

On décline aussi une formule où je suis seul, au piano ou au synthé, et je me dis que peut être, en fonction de comment s’articulerait un nouveau set avec de nouvelles chansons, j’insérerai une respiration au sein du live, où je ne serai qu’avec le piano. Ou peut être, à l’inverse, prendre plus de monde, mettre quelqu’un à la rythmique.

Avec une vraie batterie par exemple ?

Ah non, là on pourrait plus se déplacer en train ! (rire)

Tu as joué dans Pegase en tant que musicien, est-ce qu’il y a une famille nantaise, est-ce que vous vous échangez vos idées? Peut-on parler d’entraide ?

Bien sûr, il y a une bienveillance, que ce soit au sein de Rhum For Pauline vis à vis de nos projets solos, puisque chacun maintenant a son projet ou joue dans une autre formation. Il y a une vraie envie de voir ses potes prospérer au sein de leurs envies, que chacun ait sa cour de récréation pour être pleinement investi au sein de Rhum For Pauline et qu’il n’y ait aucune querelle d’égo. Que personne ne se sente lésé.

C’est très sain comme démarche.

Je pense, parce que je vois à quel point c’est soudé, détendu et choral quand on travaille, alors que dans le passé ce n’était pas forcément le cas. Il y avait forcément des frictions parfois, dues à nos égos respectifs, parce qu’on est tous les quatre des « connards d’artistes » et qu’on a chacun le besoin de s’exprimer. C’est peut être la solution la plus noble. Et de manière plus large, Raphaël (NDLR : chanteur et compositeur de Pegase) a été super présent et nous a accompagné de la meilleure manière possible lors de nos premiers pas.

Et de manière encore plus large, il y a une super équipe à Nantes, on est une bonne grosse smala, avec les Van Pariahs, les Slow Sliders, Disco Anti Napoleon … On est tous curieux et aimants les uns envers les autres.

Len Parrot a un an et demi, et tu as quand même beaucoup de morceaux, est-ce que tu avais certains titres que tu avais composés avant et qui ne rentraient pas dans tes autres projets ou tu es juste très productif en ce moment ?

Alors bon, je suis très productif en ce moment, je dois avoir entre 15 et 20 titres. J’ai peu de déchets parce que je suis un peu long dans ma composition. J’ai pas de dossiers avec 100 débuts de titres, quand j’ai un morceau en tête je l’emmène jusqu’au bout. Généralement, si j’ai une idée qui n’en vaut pas la peine, je ne la mets pas sur mon ordinateur. Quand j’ai commencé à m’y remettre en 2013, il y a eu un rendement qui a été de plus en plus effectif et là je suis sur un rythme pas trop mauvais. J’essaie de le maintenir.

Il y a un morceau que j’avais composé en 2011 et qui est le seul à avoir traversé l’épreuve du temps. J’ai du en faire 8 versions, que j’ai remodelées encore et encore  en rajoutant des structure un peu R’N’B qui font la marque de Lenparrot. Mais quand j’ai lancé le projet, je n’avais pas envie de faire les fonds de tiroir. Ce projet, c’était l’occasion de créer de la matière neuve.

Le second EP de Lenparrot sortira courant 2016 sur le label Atelier Ciseaux.

Pour toutes les futures dates, rendez-vous ici.

 

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