Les filles au Moyen-Âge

Écrit et Réalisé par Hubert Viel.
Avec Michael Lonsdale, Chann Aglat, Léana Doucet, Malonn Lévana, Camille Loubens, Johan Martin, Noé Savoyat.
France / 93 minutes / 27 Janvier 2016

En voilà une proposition originale, que ce long-métrage aux moyens très réduits qui utilise pourtant le 16mm. Un film qui peut se voir à travers plusieurs arcs, plusieurs thèmes qui se rencontrent et se mélangent. Cela à travers plusieurs époques historiques, mais consécutives : dans la narration chronologique linéaire, le chapitrage est pourtant transparent. En effet, le cinéaste utilise beaucoup d’une nostalgie du passé dans sa mise en scène. Le film ose avec toutes ses attitudes rocambolesques et exagérées. Il s’agit de proposer une nouvelle manière de voir l’Histoire, pour éviter de devenir un manuel pédagogique.

Le plus flagrant dans sa mise en scène, est la rupture constante de tons. En racontant de manière omnisciente l’Histoire (par une voix off stupéfiante de Michael Lonsdale), le long-métrage garde son côté sérieux. De plus, le film n’a pas l’intention d’être trop sérieux et veut se jouer de la nostalgie. Ainsi, il y a l’insertion de la comédie. Dès qu’une situation / un discours sérieux sont proposés, la mise en scène se porte sur la dérision notamment avec les attitudes exagérées. Il y a quelque chose d’hérétique et une humeur de vandalisme qui rappelle un peu l’humour décalé de certaines productions britanniques des années 1990.

Pour cela, rien de mieux qu’utiliser des enfants pour jouer les personnages, tous les personnages de toutes les époques. Comme des visages qui reviennent inlassablement, telles les idéologies de l’époque dont le film fait le portrait. Parce qu’en dirigeant des enfants, le long-métrage (et donc le tournage) devient un grand terrain de jeu. C’est toute leur légèreté et leur naïveté qui fait la différence. Parce qu’avec ces enfants jouant la comédie, le long-métrage ne donne pas d’âge au discours, qu’il soit politique, historique, religieux ou sociétal.

Mais ce ne sont pas ces discours qui prennent le plus de place dans le film. En effet, il y a un double regard : à la fois sur les femmes (le titre le met en évidence) et sur la communauté. Autant le premier est évident, car il questionne et explore la place de la femme dans la société. Même si le long-métrage ne traite que l’époque du Moyen-Âge, il permet de capter l’évolution de la femme durant les époques, jusqu’à aujourd’hui. Parce que LES FILLES DU MOYEN-AGE, c’est également l’idée de dresser un portrait de la communauté entre deux temps. D’abord celle du Moyen-Âge, et celle que nous vivons au moment du tournage du film. Le portrait montre la construction d’une communauté autour de principes et de systèmes, avant leur chute, pour renaître vers d’autres principes.

L’enrobage de ces discours est très poétique, donnant un plaisir charmeur et innocent à tout ce qui est montré. Puis, il y a l’utilisation du 16mm qui offre une approche particulière sur les espaces. Alors que le choix des couleurs ou du Noir&Blanc paraît logique et inévitable, la caméra fait preuve d’imagination envers les lieux. Parce qu’il n’y a pas beaucoup de moyens, alors il faut booster la création : le film fait parfois preuve de symétrie par rapport aux espaces (surtout les intérieurs), pour en ressortir la meilleure esthétique où les enfants-comédiens sont pleinement intégrés. Il faut que ces jeunes soient en parfait accord avec les espaces, afin que chaque personnalité des personnages puisse ressortir instantanément dans l’esprit du spectateur.

3 / 5