Avis (très) personnel sur la Sélection Officielle de #Cannes2016

Avis (très) personnel sur la Sélection Officielle de #Cannes2016

Lorsque Pierre Lescure exprime sa fierté et son plaisir face à l’affiche de cette nouvelle édition, je ne peux qu’être d’accord. Même si certains aiment cracher sur Jean-Luc Godard, ils ne pourront nier l’importance d’un film comme LE MÉPRIS. Mais le Festival de Cannes c’est bien plus que rendre un hommage à ce long-métrage, c’est la luminosité de ce jaune avec un lieu de grandeur (la montée des marches pour la grâce et la gloire tout en haut) puis avec une intemporalité où le cinéma siège (des habitués Ken Loach et Woody Allen aux valeurs montantes Xavier Dolan et Jeff Nichols). Cette affiche, c’est l’esthétisme avant tout, avant le graphisme du titre du Festival (se remémorer la fantaisie de l’écriture entre 2012 et 2015). Sobriété mais nostalgie.

Bon, je vais vous épargner les chiffres donnés par Thierry Frémaux. Les seuls importants sont les 49 films sélectionnés, dont les 20 dans la Compétition. Le mot important qu’il a prononcé est « universalité ». Sinon, « diversité » ça fonctionne aussi et c’est moins racoleur et langue de bois. En effet, d’après les calculs de T.Frémaux, environ 1 film sur 2 est originaire d’un pays différents. Dans les chiffres officiels, il s’agit de 28 pays représentés sur 49 longs-métrages choisis. Dont 7 premiers films : est-ce assez sur 49 ? J’aurai tendance à dire que non, que l’on ne fait toujours pas assez confiance à la jeune création, à l’ambition des débuts, et qu’on préfère se reposer sur des valeurs sûres qui connaissent par coeur le nombre de marches à monter (coucou Ken Loach, Pedro Almodovar, Olivier Assayas, Woody Allen, etc…). Je vais faire ma mauvaise langue : c’est donc bien un festival de paillettes, et non un cinéma de la découverte.

Bon, je n’aime pas trop Kristen Stewart, mais tout le monde s’en fout – moi inclus. Parce qu’après avoir appris que ma bien aimée Kirsten Dunst sera dans le jury aux côtés de George Miller, le soleil extérieur tape encore plus fort et me donne un sourire plus grand. Venons en aux films qu’ils devront voir, pour décerner la Palme d’Or que les journalistes et autres cinéphiles vont refouler une fois de plus.

En Hors-Compétition, il y aura tonton Spielberg avec son BON GROS GÉANT (non, ce n’est pas une suite gentille de Jurassic Park). Histoire de faire venir les cinéphiles en chaleur et autres apprentis qui seront à la chasse à la photo de loin (regardez, Spielberg à 1km, mais en flou) plutôt que se presser dans la salle Lumière. Il y aura aussi GOKSUNG de Na Hong-Jin, que 25% des présents verront parce qu’ils préféreront une fête et que le nom du cinéaste ne leur dit rien. Puis, pour les loveurs éternels, il y aura George Clooney et Julia Roberts pour le long-métrage de Jodie Foster intitulé MONEY MONSTER. Enfin, le fan-service sera assuré par Shane Black et son film THE NICE GUYS, puisque ses têtes d’affiches sont Russell Crowe et Ryan Gosling. Attention aux embouteillages de piétons avec les groupies.

Retrouvez l’ensemble des sélections dans cet article.

Pour ce qui est de la compétition, T.Frémaux n’hésite pas à lancer des pics sur les retours des journalistes. Que ce soit quand il reçoit des « encore tel ou tel cinéaste » ou quand il reçoit des « mais où est ce grand cinéaste reconnu ? ». Bref, ça veut dire qu’il n’a pas compris qu’un équilibre est nécessaire. Et qu’une quinzaine de cinéastes qui n’ont plus à faire leurs preuves, sur un total de 20 films en compétition, c’est beaucoup trop. En attendant, on attend les moins connus qui arrivent à surprendre. Personnellement, j’attends du Justine Triet ou du Antonin Peretjatko pour la France, du Ben Wheatley ou du Matthew Warchus pour le Royaume-Uni, du Bing Wang pour la Chine (par exemples). Bref, des noms qui ont des choses fraiches à proposer.

Cannes2016_Fremaut_Lescure

Quand T.Frémaux parle de « prise de risque » pour hisser des noms moins connus « jusqu’à la compétition », il n’y a pas de quoi trembler. Alors outre le CAFÉ SOCIETY de Woody Allen en ouverture (hors-compétition), il y aura TONI ERDMANN de Maren Ade, cinquième film et qui va permettre à certains de la découvrir (ou pas). Il y aura le tant attendu (et dont les paris étaient évidents sur sa présence) JULIETA de Pedro Almodovar. Il faudra aussi compter sur AMERICAN HONEY de la britannique Andrea Arnold, dont la filmographie est bancale. Prenez garde, donc. Présence aussi de PERSONAL SHOPPER par Olivier Assayas avec une nouvelle fois une certaine Kristen Stewart, j’entends déjà les louanges habituelles. Et surtout, il va pouvoir prendre une carte de fidélité et un pass illimité à l’hôtel. Le duo fraternel Dardenne est de retour (comme par hasard) avec LA FILLE INCONNUE, point non original de la part du Festival. Grand prix du soporifique ? Ensuite, le retour en compétition de Xavier Dolan avec JUSTE LA FIN DU MONDE. Prêt à entendre un autre long discours sur l’espoir et l’ambition ? Ah peut-être pas, puisque Monsieur JLG n’a pas son chien en compétition. Bon, selon les admirateurs, ça sera son meilleur. Avant que le prochain ne sorte.

Puis vous aurez l’occasion de voir MAL DE PIERRES de Nicole Garcia, histoire d’avoir une autre réalisatrice en compétition (le sous-texte sur la qualité est volontaire). PATERSON marque le retour de Jim Jarmusch sur la Croisette : parce que ça fait longtemps ? ou parce les groupies pourront se déchaîner sur Adam Driver ? Il y aura également MA’ ROSA de Brillante Mendonza (Philippines). Le fascinant cinéaste de LOLA et de KINATAY, à surveiller de près. Un récent vainqueur est de retour : j’ai nommé Cristian Mungiu pour BACALAUREAT. Si tout se passe bien, il n’aura pas de prix car il faut penser aux autres un peu. Mais comme personne n’est jamais satisfait du palmarès de Cannes, il aura un prix. Aussi productif que Terrence Malick ces dernières années, Jeff Nichols va présenter LOVING qu’il a tourné dans la foulée de MIDNIGHT SPECIAL.

Un nom coréen que tout le monde connaît, enfin j’espère : Park Chan-Wook arrive en force avec AGASSI. Non, ce n’est pas à propos du tennisman. Et comme il faut être inventif et original, alors on continue de placer en compétition ces acteurs devenus soudain réalisateurs (coucou Jodie Foster) avec Sean Penn et son THE LAST FACE. Avec Adèle Haenel. La pauvre. Un autre roumain est choisi en compétition : Cristi Puiu pour SIERANEVADA. Première venue, alors tant mieux. Enfin, le tant attendu nouveau film de Paul Verhoeven est bien sélectionné, intitulé ELLE. Quoique, attendu pour certains. Pour moi, ça s’apparente à un truc bien fade comme le dernier Wim Wenders avec James Franco. Sinon, on retiendra ROBOCOP, STARSHIP TROOPERS, etc… Et il faudra compter sur un virtuose qui dérange certains cinéphiles, mais qui m’intéresse (sans me passionner) : Nicolas Winding Refn arrive avec THE NEON DEMON. Tout est dans le titre, qui va encore faire crier certains et hurler d’autres pour sa photographie. La beauté, cette chose abstraite.

Parmi les quatre de la Compétition que j’attends impatiemment : MA LOUTE de Bruno Dumont, annoncé joyeusement comme un prolongement de P’TIT QUINQUIN, et puis il y a Fabrice Luchini et Juliette Binoche quoi (c’est suffisant). Le deuxième est RESTER VERTICAL car j’ai découvert Alain Guiraudie avec L’INCONNU DU LAC, et donc vivement le prochain. Le troisième est AQUARIUS de Kleber Mendonça Filho, le génial réalisateur du magnifique LES BRUITS DE RECIFE (pour les ignorants, à découvrir très vite). Et dire qu’il prépare déjà deux autres films. Mes louanges ne sont pas terminées. Le quatrième, même s’il fait parti des grands habitués dont on se lasse, de mon côté je ne me lasserai jamais de voir un Ken Loach, qui vient ici avec I, DANIEL BLAKE. Annoncé comme plus « ken-loachien » que JIMMY’S HALL.

Ca promet ! Thierry F, je ne t’embrasse pas, tu as nommé LES BRUITS DE RECIFE comme LES RECIFES DE CORAIL. C’est bien de connaître les cinéastes qu’on sélectionne, vraiment.