Des Étoiles

Entre Turin, Dakar et New York, les destins de Sophie, Abdoulaye et Thierno se croisent, se font écho et dessinent une constellation de l’exil. Sophie, 24 ans, quitte Dakar pour rejoindre son mari Abdoulaye à Turin. Mais entre-temps, Abdoulaye est déjà parti à New-York par l’intermédiaire d’un réseau de passeurs. Thierno, 19 ans, voyage lui pour la première fois en Afrique.

Dyana Gaye nous offre ici un film qui se concentre sur ses personnages. Nous pouvons y compter cinq personnages principaux. Le plus grand problème de la réalisatrice, c’était de réussir à développer ses personnages dans ses 90 minutes. Les personnages sont bel et bien développés, construits. On connaît leur situation présente, on connait leur ressenti par rapport à ces situations, on connait également leurs objectifs. Mais voilà, avec autant de personnages principaux, Dyana Gaye ne peut aboutir à ces situations et ces enjeux. Tout reste dans l’ordre de la mention. C’est certes dit, c’est certes montré. Mais le film passera trop vite à autre chose entre chaque situations. Il y avait tellement de choses à dire dans le film, que ça en devient fourre-tout, sans avoir bien creusé chaque intrigue.

C’est là qu’est le problème. Avec tous ces personnages principaux, Dyana Gaye ne nous construit pas une histoire. Mais elle nous construit quatre intrigues différentes, parallèles. L’un est coincé aux USA et veut s’en sortir, l’autre attend son fiancé en France et loge chez une italienne, une veuve rentre au pays et est face à un conflit avec sa soeur, son fils découvre sa famille cachée. Ce dernier est surement le plus intéressant. Dans sa manière naïve de continuer sa volonté d’être musicien, et dans sa façon d’agir comme un grand frère envers ses deux demi-frères qu’il vient de rencontrer. Ceci n’est qu’un exemple, mais ça en reste là. Tout se déroule le temps d’une ou deux scènes, et le reste n’est qu’un miroir du quotidien.

A partir de ces non développements, aucune tension ne se crée dans la narration. Les quatre intrigues parallèles s’enchaînent, sans réelle cohérence. Pour éviter le film à chapitres, la cinéaste nous mélange les quatre histoires d’un coup. Comme pour essayer de montrer que toutes ces histoires se déroulent en même temps. La temporalité est respectée. Mais la rythmique ne l’est pas. Là où il y aurait pû y avoir une tension, c’est en créant un lien entre ces quatre intrigues. Il manque une confrontation entre les personnages principaux. En effet, Dyana Gaye les laisse dans le décor où elle les a placé au départ. Et rien ne bougera vraiment. Trop linéaire, sans prise de risque, trop dans la retenue dans les dialogues.

Et surtout, la forme n’apportera pas de consolation. Car on remarque très vite que Dyana Gaye préfère se concentrer sur ses histoires. Donc, dans la forme, ça reste plutôt classique. Une réalisation très modeste, qui n’en dira pas plus sur les personnages. Une caméra qui n’essaiera pas à chercher les sensations et les expressions des personnages. Dans ce film, on retrouve la fonction basique du travelling, servant à rester cadrer lors d’un mouvement. Avec cela, les plans fixes qui laisse les acteurs jouer le récital des dialogues.

Même l’ambiance n’est pas accordée au fond du film. Malgré le manque cruel de tension, nous aurions pû avoir le droit à un film choral. Où tout résonne dans les autres scènes. Ce film se déroule dans plusieurs lieux. Il aurait était agréable d’avoir un jeu de miroir, où tout problème résonne sur les autres personnages. Mais ici, Dyana Gaye préfère laisser le film se reposer sur son scénario, déjà très pauvre. La lumière est classique : lumière naturelle avec quelques ajouts artificiels. Les couleurs sont aléatoires, même pas adaptées aux personnalités décrites dans le film. Avec tout cela, le spectateur ne joue aucun rôle avec ce film, il est réduit à rester simple spectateur, à écouter et regarder le peu qui lui est offert.

Ensuite, les acteurs font le strict minimum. C’est à dire que la mise en scène ne vole pas très haut. S’il y a bien quelque chose de désagréable, c’est de laisser les dialogues faire. Les acteurs sont alors enfermés, le plus souvent contre le gré de leur sens créatif, dans une bulle de cynisme. Celle où la réalisatrice croit que les simples faits sont suffisants. Ainsi, Dyana Gaye filme les acteurs sans chercher trop compliqué : quand ils parlent, ils ne bougent pas ; quand ils sont en mouvement, ils ne parlent pas. Jusqu’à même préférer le plan séquence lors d’un échange, au champ / contre-champ.

Des portraits qui tombent alors à l’eau. Puisque la caméra ne dessine rien des personnages. A partir de là, le contexte socio-politique est seulement effleuré. On présente des faits, et on croit que cela suffit pour dénoncer. Il aurait peut-être fallu en dire moins, et le creuser plus. Aller plutôt dans la cause / conséquence, que dans la simple mention d’un fait. Le contexte socio-politique ne fait alors que rester dans l’esprit du spectateur. Puisque le film nous montre avant tout un drame intime. Entre séparation familiale, dépression, mélodrame et conflit d’idéologies : il y a un soucis où le film ne réussit jamais à passer de l’intime à l’universalité.

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