Les enquêtes du département V : Miséricorde

Réalisé par Mikkel Norgaard. Écrit par Nikolaj Arcel. Avec Nikolaj Lie Kaas, Fares Fares, Sonja Richter, Mikkel Boe Folsgaard, Peter Plaugborg, Soren Pilmark. Danemark. 100 minutes. Sortie française le 27 Mars 2015 (en VOD).

Ce film est le premier d’une saga de thriller danois. Adapté des romans de Jussi Adler-Olsen, ce film est un polar aux allures de thriller. Il faut croire que Nikolaj Arcel aime ça, puisque c’est lui qui avait écrit les scénarios adaptant les romans Millenium. On y retrouve donc le principe traditionnel d’une enquête policière, avec le parallèle de la condition de la victime. Le film n’a pas d’autre enjeu que boucler son enquête, en essayant de passionner son spectateur. Il ne faut pas s’attendre à une quelconque participation du spectateur, ni même à ce qu’il soit manipuler. Mikkel Norgaard sera constamment en train de diriger le spectateur, il suffit juste de contempler le déroulement du récit.

Il ne s’agit pourtant pas d’un polar/thriller traditionnel. Pas de bagarres impressionnantes, pas de scènes d’actions, pas de rançon, … Les éléments de base du polar sont supprimés, car la priorité est placée sur les personnages. Notamment sur les deux protagonistes. Les deux flics partenaires forment un duo évident. Rapidement, le film fait comprendre que ces deux personnages ne peuvent fonctionner sans l’autre. Leur complicité se tient à deux arguments. Tout d’abord, leurs caractères sont opposés mais se complètent pour former une seule pensée. Ensuite, la progression de l’enquête fonctionne davantage sur leurs états d’âmes que sur des preuves concrètes. Le gros point fort du film se tient ici : l’enquête permet de sonder l’âme des protagonistes flics. Dans la mise en scène, cela se traduit par une spontanéité des attitudes des personnages.

L’angoisse que les protagonistes n’ont pas, se reporte sur l’ambiance. Entre froideur des personnages et la rapidité d’exécution, le film ne prend pas le temps. Mikkel Norgaard amplifie chaque scène par la suivante, ne laissant ainsi aucun temps mort. De ce fait, l’ambiance est toujours sous tension, et chaque plan qui doit arriver est une surprise. Un peu comme une bombe à retardement qui n’explose que dans la scène finale, où chaque plan installe une atmosphère avant de l’utiliser totalement. L’ambiance est presque anxiogène à plusieurs reprises, mais sans vraiment s’y plonger complètement. Parce que le film joue sur cette idée : l’ambiance est la projection formelle des états d’âmes des protagonistes.

Pour cela, Mikkel Norgaard sait jouer à de multiples moments sur les espaces. Il est très vite compréhensible que chaque espace peut devenir une illusion ou un enfer. Le paradis n’existe pas dans ce film, et le côté très sombre de l’esthétique le prouve. La lumière est souvent en contrepoint d’une situation. Des protagonistes à moitié éclairés, ou alors ils font dos à la lumière naturelle. La présence des protagonistes peut se voir comme ce qui va bouleverser l’ambiance habituelle. En cela, les espaces en deviennent des arguments d’enfer possible. Comme cette scène où les deux protagonistes arrivent dans un centre de stock, pour interroger un homme. Le travail se déroule tranquillement, quand l’arrivée des flics jette un froid immédiat, et les plans rapprochés découpent toute l’ambiance précédente.

D’un autre côté, il faut également parler de comment les protagonistes sont un jeu pour la narration. On peut scinder la narration en deux parties. Il y a un mélange important de montage parallèle et montage alterné, avant d’en arriver à un unique montage alterné. C’est la manière formelle de traduire deux temporalités qui, d’abord s’animent respectivement de leur côté, pour ensuite se confondre. Une première partie du film fait le mixe entre le présent (le début de l’enquête) et le passé (les causes du kidnapping). La seconde partie du film, à partir de la révélation du coupable, fait le point sur la recherche de celui-ci dans le présent. Il y a tout un jeu sur la temporalité, sans pour autant montrer un empressement dans l’enquête. Il s’agit avant tout de jouer sur les émotions et sensations du spectateur, afin de voir l’angoisse de deux points de vue différents (la victime et les flics).

Dans sa narration, le film peut aussi compter sur ses dialogues. Ils apportent le supplément nécessaire à l’image. Mikkel Norgaard que certaines ne peuvent être filmées, ou même qu’il est préférable de le dire que de le montrer (éviter d’embrouiller le spectateur dans le montage). Afin d’éviter toute abstraction et de surcharger l’ambiance, le texte se révèle bien explicite. Tout est dit, il n’y a pas de place pour une réflexion. Tout de même, ce qui est dommage avec le texte, c’est que le cinéaste va se reposer dessus trop de fois. Le découpage sera parfois très intéressant au vu de l’ambiance. Mais quand il s’agit de miser sur des preuves ou des indices (donc du texte de dialogues), Mikkel Norgaard sera plus conventionnel. L’académisme de certains plans, et même parfois l’indigence de certains mouvements, montrent que la caméra n’est qu’un témoin.

Derniers points noirs du film, qui se combinent dans leur traitement, ce sont la scène finale et la bande originale. La scène finale est d’une banalité et d’une évidence impressionnantes. Elle est tout aussi attendue que traitée. Sans rien dévoiler de cette scène finale (l’arrestation), il s’agit de faire croire que les petits climax habituels des polars fonctionnent toujours autant. Sauf que, à force de répéter les mêmes événements, cette scène finale n’a aucune saveur filmique. Il s’agit simplement de conclure sur un happy end, avec une once de doute pour gagner deux minutes au montage. De plus, le film aurait pu se voir sans sa musique. Vite entendue, vite oubliée. Souvenez-vous de ces musiques d’ambiance dans les téléfilms polars, c’est la même idée. Ca n’empêche pas au film d’être agréable à regarder, et d’être intéressant dans son ambiance collée à ses protagonistes.

3 / 5
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