Écrit et Réalisé par Naomi Kawase. Avec Makiko Watanabe, Hideo Sakaki, Jun Marakami, Miyuki Matsuda, Tetta Sugimoto, Fujio Tukita. 110 minutes. Japon. Sortie française le 1er Octobre 2014.
<< Un soir de pleine lune, un jeune garçon découvre un cadavre dans la mer. Avec sa petite amie, il va tenter d’élucider le mystère qui entoure cette mort… >>
Le titre du film est déjà une invitation à la contemplation, par sa mention de l’eau. La transparence de sa surface, qui permet une intangibilité permanente entre la terre (ce que l’on connait) et l’inconnu souterrain (l’échappée fantasmatique). Mais surtout, la connexion mystérieuse entre la vie et la mort. C’est là tout le thème du film de Naomi Kawase, dans la volonté de capter ces moments qui font basculer les sensations de la vie et de la mort. Les relations entre la vie et la mort, les conséquences influant nos attitudes et notre personnalité. C’est là toute l’affaire des personnages de Naomi Kawase. Elle atteint notamment l’absolu de cette contemplation dans le choix de jeunes protagonistes. Leur innocence, leur cynisme, leur naïveté et leur chemin vers l’initiation va leur permettre d’être confrontés directement à ces influences de l’intangibilité vie/mort.
Dans cette ligne très fine qui sépare la vie et la mort, il y a un cycle infernal. Naomi Kawase pose la théorie de la renaissance éternelle. L’être humain naît, s’intègre, se mélange aux autres, pour finir par mourir. Comme ces vagues qui n’en finissent pas de s’échouer sur le rivage. Enfin, l’homme est comme ces rivages également. Se prenant inlassablement ces vagues en pleine face, s’écrasant ainsi sur notre vie pour donner une bonne claque. Dans l’animisme de la nature, Naomi Kawase prend son temps. En presque deux heures de film, elle filme le temps qui passe dans nos vies, par des instants aussi futiles que nécessaires. Comme une description de notre développement, ce qui nous forme et nous renvoie sans cesse au destin de la mort. Il s’agit donc beaucoup plus qu’une simple chronique de deux familles. C’est avant tout le don de vie et le déchirement de mort qui entourent l’animisme de l’être humain.
La vie, et son cycle tout entier (incluant la mort et la renaissance), paraît alors comme une prison du mystère de l’existence. On pourrait même parler d’onirisme de l’existence, in situ rattrapé par la vivacité de la mort. Un huis-clos qui, comme le vent qui souffle sans cesse dans le film, coince les âmes dans un long voyage où le sens est encore à trouver. Telle une redondance des actes et des sentiments, où on navigue entre jeunesse et maturité, amours et famille, terre et eau, etc… Au bout d’un certain temps dans le film, on ne sait plus trop où l’animisme prend sa source. Dans ce long voyage du cycle de la vie, Naomi Kawase filme une communion entre l’être humain et la nature. Mais on ne sait qui prend plus d’impact sur l’autre, car leur fusion se complète et se distancie à plusieurs fois. Dans tous les cas, les espaces sont biens l’élément absolu de l’animisme de l’être humain : là où les personnages subissent la nature.
Une chose est certaine, Naomi Kawase met nos sensations contemplatives à l’épreuve. Côté esthétique, elle nous offre des espaces d’une beauté vivifiante. Quand je disais que les personnages subissent la nature, il y a deux dimensions. D’une part, la nature peut se révéler être gracieuse. D’une autre part, la nature peut se révéler être très troublante. C’est la perception du spectateur qui est mise à l’épreuve, là où le langage filmique prend toute son ampleur. Il y a quelque chose de l’impressionnisme dans ces espaces, à la fois dans la grâce que dans le trouble. Des fulgurances climatiques viennent impacter la progression des personnages, le cadre ne cherche qu’à modifier notre point de vue sur les espaces (passer de la beauté simpliste à l’énigme animiste), mais il y a également une mobilité de l’esthétique (lumière, couleurs, etc…). A noter que, la grande majorité du temps du film, le montage se compose d’un plan large d’un espace (avec ou sans personnage) suivi d’un plan rapproché sur l’un des personnages.
C’est ici que l’on relève toute la sensorialité physique qu’installe Naomi Kawase. Ses personnages sont comme des vagabonds, victimes du cycle de la vie et de sa renaissance, victimes des remous des vagues s’écrasant sur eux. Surtout chez les jeunes personnages, où un remous vient crisper leurs muscles et recroqueviller leurs silhouettes. Leurs yeux deviennent pratiquement vide, ou plutôt rempli d’incompréhension et de désespoir face à l’intangibilité animiste de la relation vie/mort. Quand les vagues se font plus calme, les émotions vont bon train. Entre les amourettes de jeunesse, la déambulation de leurs corps dans les espaces filmés, … il y a la rigueur de l’exaltation du corps qui vit et qui jouit de ses possibilités.
Sauf que, dans ces vas et viens des personnages (le montage mélange les situations singulières des deux familles, pour revenir quelques fois dans la relation entre les deux jeunes protagonistes), Naomi Kawase lâche un peu son scénario. Ces instants de vie et de mort, ces remous de vagues, ne sont que des éléments qui viennent fragmenter les chroniques familiales présentées. Le scénario fait preuve de trop d’aisance dans sa fonction narrative. Il y aurait de quoi contempler également le scénario, dans son rythme trop pauvre et son manque cruel d’éléments perturbateurs. Le déroulement se veut trop fusionnel avec le mystère du thème, d’où le manque d’une petite flamme qui viendrait bouleverser les sensations mises en place par Naomi Kawase. L’englobant esthétique/mise en scène écrase trop l’englobé scénario : le film ne compte que sur son image, et son langage filmique ne fait qu’en perdre goût petit à petit. La poésie visuelle n’est pas suivie de la subtilité que peut offrir les mots.
3.5 / 5