On l’avait un peu perdu de vue, le Besson. Luc Besson, rappelez vous, cinéaste et ogre du grand écran français, l’homme qui pouvait tout réaliser, et c’était transformé au fil des années en magnat du 7e art. Après ses coups d’éclats, ses films pharaoniques (pour nous), on l’avait donc laissé partir vers sa saga des Minimoys et tutti quanti. Notre curiosité étant donc vive à l’annonce d’un projet top secret (mais pas trop), du biopic contemporain qui pouvait redorer le blason d’un réalisateur qui n’avait pas livré de choses vraiment abouties depuis des lustres.
Le sujet est brûlant : raconter la vie d’Aung San Suu Kyi, opposante birmane au régime totalitaire de son pays, enfermée 14 ans, prix Nobel de la paix pour son combat. Pour une fois, Besson n’a pas initié le projet, mais le reprend sous sa coupe, offrant à Michelle Yeoh un rôle en or. Et la stratégie paye. Le film retrace ainsi le combat mené par Aung San Suu Kyi, symbole de la liberté car fille du général qui avait libéré le pays 30 ans auparavant, se retrouvant enfermée à résidence par un groupe de militaires sans raison déterminés à conserver le pouvoir, malgré des élections perdues. Besson en fait un film à la gloire de Suu Kyi, célébrant plus la femme que la politique, la mère de ses enfants et l’épouse de son mari anglais, décédé d’un cancer loin d’elle. The Lady, c’est donc un portrait très manichéen et humaniste, voir trop sans doute (la volonté d’en faire un drame épique, certes très réaliste, veut nous tirer les larmes, sans forcément y arriver).
Luc Besson retrouve quand même des couleurs en tant que réalisateur, offrant un film solide, servi par des comédiens aguerris et un sujet en or. Avec un scénario offrant un point de vue familial de quinze années de lutte contre un régime, il permet aux deux acteurs principaux de se mettre en avant, même si David Thewlis, épatant dans un double rôle, vole la vedette à une Michelle Yeoh pourtant parfaitement à son aise. C’est sans doute ça le défaut de The Lady, un film portrait, où le principal n’est pas traité (l’aspect politique étant rapidement limité à une opposition généraux/prisonnière). Mais ne renions pas notre plaisir, l’ensemble est de relative bonne facture, et on retrouve un Besson réalisateur qui réussit son pari : celui de nous rapprocher de nouveau d’un cinéma plus travaillé que ses derniers essais (sans compter la trilogie des Arthur, plus destinée au jeune public).
Le film traite d’un sujet d’aujourd’hui (d’où sans doute la distance prise avec la dimension politique), et est donc l’occasion de reparler des combats d’Aung San Suu Kyi ; allez donc faire un tour http://www.useyourfreedom.com/
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