Pour un Mega accès à la culture

Faire un joli coup, c’est bien. L’annoncer avant, c’est la classe. Lui l’avait annoncé. Le 19 janvier 2013 a bien été marqué par le retour aux affaires de Kim Dotcom avec son nouveau-né Mega.

Un an donc jour pour jour après la fermeture de Megaupload par le FBI, Kim Dotcom retente l’aventure. Certes il prend de nouvelles mesures pour protéger ses clients, et surtout pour se protéger lui-même (le cryptage des fichiers notamment), mais il tient promesse : même le FBI ne l’empêchera pas de défendre le business du cloud et du partage de fichiers sur le web qui a fait son beurre et sa gloire. Et apparemment, ce n’est pas le FBI non plus qui arrêtera les internautes! Ces derniers se sont d’ailleurs débrouillés sans Megaupload durant un an, et le million d’inscriptions annoncées après seulement 24 heures sont tout de même révélatrices d’un soutien à la cause du libre échange sur le web. Et s’il est encore tôt pour tirer un bilan du retour de Mega, il est déjà possible de parler d’un changement profond dans la consommation de biens culturels que même le soutien des autorités de (presque) tous les pays du monde aux ayants-droit et aux industries culturelles n’arrive pas à changer.

Beaucoup pensent que les lois en matière de biens culturels et les pratiques des industries concernées sont dépassés. Pour ma part je suis plutôt tenté de voir les choses à l’envers. C’est justement parce que je trouve aberrant, comme de plus en plus de gens, de payer 18 ou 20 euros pour un CD ou un DVD, ou bien même 13 ou 14 euros pour une version digitale d’un album que je me sens réactionnaire. En effet, au delà de ce blocage que j’ai face à des prix qui me semblent ahurissants, je suis tout de même prêt à dépenser de petites fortunes pour aller assister à un concert ou bien dans une place de cinéma, là où j’estime que le spectacle m’apporte une indéniable plus-value qui justifie un certain tarif.

Ainsi, j’ai l’impression d’être arriéré. Comme au début du XXème siècle où l’on payait sa place au Music-hall ou bien au théâtre pour assister à une performance, pour ressentir des choses qu’un enregistrement ne pourra jamais restituer et en ne comprenant pas trop pourquoi je préférerais payer quasiment le même prix pour un objet industriel plutôt que pour une performance unique. Préférer le CD au concert ou bien le DVD au cinéma, c’est un peu comme préférer Flunch à Bocuse ou bien une collection de posters à celle d’un musée. C’est simplement préférer détenir la même chose que tout le monde quand on peut se sentir privilégié en assistant voire en participant à quelque chose d’unique.

Si je parle de choix, c’est que ces biens et manifestations culturelles sont aujourd’hui un luxe loin d’être accessible à tous. Beaucoup ne peuvent pas se payer ces pans entiers de la culture qui frappent pourtant à leur porte via internet, rendant le choix évoqué plus haut bien plus facile. Que faire avec son argent? Payer pour quelque chose de quelconque que l’on peut acquérir facilement et gratuitement ou bien l’investir dans un évènement comme on investit dans un voyage, des vacances, pour se dépayser, se créer des souvenirs uniques? Oui, je suis partisan dans ce débat, je le sais. Mais avouez qu’il y a du vrai là dedans.

Et ce que je lis dans les journaux, ce que je vois autour de moi renforcent mon raisonnement. Les millions investis dans Hadopi et son micmac de moyens de surveillance, les salaires indécents des cadres de la SACEM d’un côté, et les méthodes des petits labels de musique ou des petits producteurs de séries de l’autre. Quand les Goliath des industries culturelles s’acharnent à vouloir préserver le système qu’ils ont créé et qui les engraisse, les David, eux, multiplient les buzz, les morceaux gratuits, les streamings et se payent sur des méthodes alternatives : produits dérivés, coffrets collector, et bien sûr les lives! Même « Bref! » organise ses soirées comme les musiciens multiplient les dates de concert.

 

En France – ce pays qui donne des leçons de démocratisation de la culture, du savoir, de la liberté de créer, de penser – je préférerai toujours donner mon argent à ceux qui innovent, qui créent et qui acceptent les évolutions de la société plutôt qu’à ceux qui vendent toujours la même chose, au même prix, sans se soucier de ce qui les entoure et de ceux qui les financent. C’est mon petit côté français. Mais c’est surtout ma manière de dire qu’internet, dont Mega est l’exemple type, est une vraie chance pour les industries culturelles. Il faut juste arrêter d’en avoir peur et se dire qu’on ne peut plus l’ignorer. Il faut s’adapter, évoluer avec et non plus contre.