Frank Ocean – Blonde

Honnêtement, j’ai tout donné. Ma patience, ma bienveillance, ma tolérance. J’ai fini par en faire une affaire personnelle, prendre le prochain album de Frank Ocean vraiment à coeur. Cela n’aurait sans doute pas été le cas si Channel Orange n’avait pas autant brillé dans l’univers musical. Alors forcément, il y a un peu de déception. Quelque part le sentiment que le résultat n’est pas à la hauteur. Que Blonde, longtemps attendu, n’a pas tout ce que l’on espérait de lui.

Oui c’est un album fourni (17 titres, comme son prédécesseur). Oui, c’est un album engagé qui parle souvent avec ses tripes. Mais il est aussi parfois bavard, parfois difficile à suivre, et surtout —  bon sang surtout — qu’il manque de rythme !

Reprenons dans l’ordre. OK, Nikes, au début sans être impressionnant (surtout ses voix vocodées) a finalement trouvé sa place à force d’écoutes. Et puis ensuite il y a Ivy, premier cas à charge : un morceau admirablement mélodique, qui ne décolle pas et se termine plutôt mal. Avançons sur Be Yourself, interlude poignant construit sur le message laissé par une maman inquiète sur le répondeur de son enfant. Si l’on comprend la démarche, elle coupe malheureusement bien trop le déroulement du disque pour que l’on puisse l’apprécier comme elle se devrait. Solo et Skyline To, qui lui font suite, peinent à nous faire revenir, beaucoup trop bavards et sans réelles variations.

Et puis il y a les lueurs d’espoir, comme Self Control, petite pépite qui nous réconcilie à elle seule avec Blonde. Alors certes, on ne va pas d’un seul coup y trouver beats et flow. Mais c’est un morceau magnifique, doux et riche, réussi sur toute la ligne. Passé un autre interlude (Good Guy) on poursuit même cette bonne série avec Nights, joli titre en plusieurs temps. Andre 3000 réussit lui aussi son passage sur Solo (Reprise), admirablement servi par quelques notes de piano. Presque trop court au final.

C’est sans doute à ce moment que l’on décroche. L’intro de Pretty Sweet, à mi-chemin entre le hall de gare et l’orchestre symphonique en pleins réglages, réveille autant qu’il peut agacer. Mais on ne lui en voudra pas plus vu qu’il est l’un des rares morceaux à posséder un rythme un minimum dynamique. Par contre ensuite, c’est une autre histoire. Et justement : Facebook Story, Close To You… sont aussi courtes qu’anecdotiques. Sur White Ferrari, on est au bord de l’endormissement. Sur Seigfried, on n’écoute plus que d’une oreille. Sur Godspeed, il est déjà trop tard. Et enfin avec Futura Free, on achève ce qui vient d’être une lente descente dont on mesure avec tristesse qu’elle a mangé une grosse partie de l’album (mais l’ultime partie de l’album demeure une belle conclusion). Frank Ocean avait véritablement des messages à faire passer sur Blonde. Sur le fond, il a réussi. Sur la forme, il flirte trop souvent avec le trip perso mettant l’auditeur à distance plutôt que d’ouvrir, de prendre la main et d’emmener dans son univers.

Comprenons par-là qu’il y a une chose que l’on ne peut enlever à Frank Ocean : son talent. Un artiste, qui avait offert une oeuvre rassembleuse avec Channel Orange. Cette fois, il use de sa créativité pour livrer un opus dans lequel il se renferme, se met à l’écart, ne livre pas un mode d’emploi qui paraît pourtant parfois nécessaire.

3 / 5
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