Sur les épaules de Kevin Morby, 28 ans, il y a des décennies d’héritage musical. Le petit prodige Texan, tantôt comparé à Bob Dylan, tantôt à Leonard Cohen, offre dans son 3ème album des morceaux encore plus intimes et captivants que jamais. C’est celui-ci qu’il venait défendre à la Route du Rock au mois d’août dernier. Ce fut l’occasion de discuter à sa sortie de scène du poids de ses influences, de son rapport au festival ou encore de l’héritage de ses projets antérieurs.
Pendant votre concert à la Route du Rock, tu as joué des extraits de votre troisième album, Singing Saw. Comment s’est passé le processus d’écriture pour celui-ci? J’ai entendu que vous aviez composé celui-ci à Los Angeles, et non à New York comme les précédents …
Oui, j’ai écrit celui-ci en grande partie tout seul. D’habitude, je compose avec d’autres personnes ou avec mon groupe. Celui-ci, je l’ai travaillé seul, avant de l’amener à un producteur, qui m’a aidé à lui donner vie. J’ai l’impression qu’en écrivant à plusieurs, on doit avoir plus de rigueur, structurer plus. Celui-ci était plus détendu. Détendu d’une manière qui me satisfait.
Donc le groupe avec lequel tu joues est celui avec lequel tu avais l’habitude de composer?
Oui, par exemple Justin, le batteur. Pour les deux premiers albums, on a travaillé ensemble. Ou encore mon producteur et ami, Rob, qui a produit les deux premiers albums (ndlr : Harlem River et Still Life ). Il était derrière moi pendant l’écriture de celui-ci donc il m’a aidé à le structurer d’une certaine manière, mais celui-ci je l’ai écrit moi même donc par exemple tous les couplets sont très longs et je me sens plus libre par rapport à ça.
Ta musique, qu’on peut ranger dans la catégorie Folk, est issue d’une longue tradition aux États Unis. Est-ce que tu trouves ça dur, aujourd’hui, de composer avec un tel héritage?
Non, parce que beaucoup de personnes ont rendu ça plutôt confortable. C’est un peu comme se mettre à la cuisine. Ça a été fait des milliers de fois, donc tu essaies de le faire à ta manière tout en rendant hommage à ceux qui l’ont fait avant toi. Ça fait sens. J’ai l’impression que tant que je me mets à fond là dedans, comme en mettant ma propre touche, ma musique aura sa propre identité, donc ça ira.
En parlant d’héritage, tu as été souvent comparé à d’autres artistes. Tu as entendu parler de la supposée ressemblance avec Bob Dylan je suppose. Est-tu d’accord avec ça? Y a-t-il d’autres artistes dont tu te sens plus proche, et pas seulement dans le domaine musical?
Bien sûr ! J’aime beaucoup l’oeuvre d’Arthur James Baldwin, c’est mon auteur préféré. À côté de ça, je suis très inspiré par d’autres musiciens, comme Leonard Cohen ou Nina Simone. Je dirais que ces trois-là, avec effectivement Bob Dylan, sont les plus grandes influences.

Photo : Jean Sylvain Le Gouic
Tu as joué dans Woods et dans The Babies, comment t’y es tu pris pour enchaîner ces 3 projets? N’est-ce pas un peu schizophrène ?
Un peu, mais quand j’ai quitté ces groupes, et que j’ai commencé mes projets solo, c’est devenu plus simple de savoir où allait quoi. Avec The babies, comme j’écrivais avec d’autres personnes et que c’était collaboratif, ça m’a permis de faire des choses que je n’aurais jamais fait seul. Donc si j’écris une chanson chez moi, ça devient clair, je me dis « Oh, ce morceau irait mieux avec The Babies, et celui-ci, je ne sais pas ce que The Babies en ferait, donc je le garde ».
Est-ce que la période The Babies te manque?
Pas vraiment, c’est à dire que je me sens comme si j’allais avoir un autre album qui ressemble à ce que faisait The Babies, et ça me manque un peu. Mais les choses évoluent, et il faut essayer de nouvelles les choses pour garder ta musique intéressante.
Tu as été programmé à la Route du Rock Hiver, à Paris pour la Route du Rock Booking dont vous faites partie, est-ce que vous avez une connection spéciale avec le festival et son équipe?
Je les aime vraiment beaucoup. J’apprécie Marin, Pierre, Alban, Maxime … Je les ai rencontrés avec Woods et The Babies, et on est devenus amis. Donc quand j’ai commencé à sortir des albums solo, j’ai naturellement pensé à eux pour travailler. Maintenant, j’ai l’impression que ce sont des amis de longue date.
Si tu pouvais décider d’un line-up de festival avec tous les artistes que tu aimes, qui sélectionnerais-tu?
À vrai dire, la meilleure chose quand on joue dans un festival, c’est de partager l’affiche avec des amis, c’est très amusant. Par exemple, j’ai joué à Pickathon, en Oregon, et beaucoup d’amis à moi étaient là bas. Je dirais The Oh Sees, King Tuff, parce que je suis ami avec Kyle. Je sais pas, ce serait un groupe de personnes que j’apprécie. C’est une question compliquée … Oh, et Jonathan Richman jouerait ! C’est marrant, j’ai joué dans le même festival que lui il y a quelques semaines … Woods jouerait aussi dans mon festival idéal. Juste des amis, tu vois. Ce serait une belle fête.