Ce n’est pas la première fois que l’on reçoit un CD promotionnel de chez Universal, et que l’on a pitié à un tel point qu’on se cotiserait presque pour leur envoyer des fonds afin qu’ils puissent presser des disques reconnus par une majorité de lecteurs et des pochettes qui ressemblent à autre chose qu’un bout de papier imprimé sur une vieille Epson Stylus 660.
La dernière victime en date de cette campagne promo au rabais s’appelle Meshell Ndegeocello. Pour éviter que l’artiste soit pénalisée par les méthodes de sa modeste maison de disques (Universal Music Jazz, donc), voici au moins le dossier de presse.
Canonisée, marginalisée – ou seulement examinée avec minutie -, Meshell Ndegeocello a déjà renoncé à la politique qui consiste à s’expliquer.
Après vingt ans passés dans une industrie qui la traite de tout – parmi les termes, « avant-garde » et « espèce en voie de disparition » – ce qu’il en reste, indiscutablement, est cette bassiste redoutable doublée d’une compositrice prolifique; la curiosité et la créativité d’une force musicale authentique. Grâce auxquelles elle a été saluée unanimement par la critique, tout en gagnant le respect de ses pairs, auteurs et compositeurs, et le dévouement d’admirateurs aussi divers qu’inclassables. Pour qu’il n’y ait aucune confusion possible, rappelons des essentiels: Meshell est née en Allemagne; elle a été élevée à Washington D.C.; elle était sous contrat à 23 ans; elle a reçu 9 nominations aux Grammy Awards.
Avec la publication de « The world has made me the man of my dreams« , Meshell Ndegeocello dévoile son 7ième miracle musical. Avec cette sortie, Meshell interroge la brutalité inévitable et inconcevable du monde en utilisant un arsenal de thèmes familiers: la foi, la rage, le désespoir, la joie qui fuit et le doute qui harcèle. Pour ceux qui seraient en manque de ses lignes de basse ravageuse, de ses textes douloureux, depuis ses albums précédents, « The world has made me the man of my dreams » ne déçoit pas. C’est une continuation de voyage; une quête de vérité et un appel à la beauté, une élégie qui évoque ceux que nous étions. Ceci dit, la marque la plus vraie d’un disque de Meshell Ndegeocello est son évolution honnête par rapport au précédent, à tous ceux qui l’ont précédé; celui-ci une pause de plus sur le chemin de la transcendance.
Voilà, au moins ça, c’est fait. Et comme c’est du jazz et que l’on n’en parle pas assez ici, un petit compte-rendu s’impose. Meshell Ndegeocello est effectivement à part dans sa musique, si bien que l’on aimera aussi facilement que l’on détestera. On finit même parfois par s’étonner de cette étiquette « jazz » qui lui est collée, tant la dame balance parfois des riffs de basse bien chargés (c’est elle qui en joue) sur des rythmes proches de l’électro, dont le morceau The Sloganeer est le parfait exemple et, en réalité, celui qui domine largement l’album. Les autres titres sont plutôt réservés à un public averti de Meshell, même si quelques uns sont également accessibles à un plus grand nombre (amateur de trip-hop surtout), comme Lovely Lovely ou Solomon.
On dit aussi Me’Shell, de son vrai nom Michelle Lynn Johnson. C’est un vrai personnage qui a développé un look androgyne à la Skin (de Skunk Anansie), une bisexuelle qui ne dénoterait pas dans un épisode de The L Word. Le titre de son nouvel album l’indique assez bien, tout comme une ancienne vidéo du morceau Your Boyfriend (beaucoup plus rap que maintenant), si vous voulez voir Meshell jouer de la basse.