PJ Harvey – Let England Shake

La première écoute de Let England Shake m’a dérouté. Dès la seconde écoute j’étais conquis. Depuis la troisième, quatrième… PJ Harvey se montre éblouissante. A nouveau.

Avant d’aller plus en détail dans Let England Shake, je dois faire un résumé de la relation que Polly Jean et moi entretenons, notamment sur Onlike. Fan de la première heure, je n’ai commencé à chroniquer — disons plutôt « donner mon avis sur des disques » — qu’à partir de White Chalk, en 2007. Mal m’en a pris : White Chalk est un album que je n’aime pas, vraiment pas, et ma chronique a déclenché une pluie d’insultes dans les commentaires et sur le forum pj-harvey.net. Dans ces cas-là évidemment on le prend avec le sourire, et on continue.

Et heureusement : en 2009 est sorti l’album de collaboration entre PJ Harvey et John Parish, A Woman A Man Walked By, très réussi. C’est là que j’ai eu une nouvelle confirmation de quelque chose déjà expérimenté auparavant : le lecteur est ingrat. Quand vous faites une chronique négative d’un disque, les fans de l’artiste vous tombent dessus sans retenue. Mais à l’inverse pour les chroniques positives : nada ! le silence radio, jamais de « je suis d’accord, très bon album », « plutôt bien résumé » ou autres. Aucun commentaire pour cet album. C’est à ce moment que j’ai pris la décision de ne plus jamais me retenir d’écrire quand j’ai détesté un album, parce qu’après tout, au jeu de l’ingratitude je peux jouer aussi, et si je n’ai aucune légitimité, si je ne suis pas critique professionnel, j’ai simplement le droit de donner mon avis.

Venons-en donc à Let England Shake, album que j’ai adoré et qui par conséquent ne devrait pas attirer énormément de commentaires. PJ Harvey, la quarantaine désormais, parvient à nouveau à surprendre sur ces 12 titres où sa voix se fait claire, aiguë. Et alors que l’on faisait récemment une comparaison en PJ et la révélation Anna Calvi, on se rend compte que les liens ne sont pas aussi forts (par rapport à la décennie précédente en fait).

Let England Shake est d’une évidente cohérence, ode de l’artiste à son pays, sans pour autant être complaisante. Le côté rock des morceaux est plus subtil, mais omniprésent. Dès le titre d’ouverture éponyme (Let England Shake) la voix haut perchée ne donne pas dans la naïveté. Il est enchaîné par l’excellent The Last Living Rose et The Glorious Land qui fait parler de lui, comparaison entre l’Angleterre et les Etats-Unis sur fond de clairons guerriers.

The Words That Maketh Murder semble faire le synthèse de ces trois premiers titres et achève de poser l’âme de l’album. Tout devient ensuite limpide : la voix, les instruments (les guitares sur All And Everyone), le rythme, la passion. PJ Harvey use à merveille des ruptures sur ses morceaux et nous transporte avec une déconcertante facilité. L’obsession de l’artiste pour l’Angleterre fera peut-être grincer des dents ceux qui finiront par être agacés des répétitions dans les paroles, mais on ne pourra reprocher à Let England Shake et sa tracklist d’afficher la couleur d’entrée. Mais « subtile » sera bel et bien le qualificatif qui restera pour caractériser la musique de l’album et l’approche de PJ Harvey. Le privilège des grands.

4 / 5