The spoils of Babylon : le mythe américain selon Will Ferrell

The spoils of Babylon : le mythe américain selon Will Ferrell

Attention, rires sensibles s’abstenir. Après la mise en orbite de son KENNY POWERS, personnage désormais culte, le producteur Will Ferrell (toujours accompagné d’Adam McKay, son complice de cinéma) fait revenir Matt Piedmont, le réalisateur de CASA DE MI PADRE, pour une fiction en six parties dérivée de leurs aventures en commun au Saturday Night Live ou encore Funny or Die (webtv humoristique fondée par Ferrell). Parodie lourde des séries évènements classiques, THE SPOILS OF BABYLON use de tous les artifices pour revoir à sa sauce (décalée) le dernier siècle de l’histoire américain.

Reprenant les codes hystériques des soaps et des miniséries historiques, THE SPOILS OF BABYLON présente une série de personnages incarnés à outrance par des comédiens souvent trop maquillés, à la posture de stars et surjouant leur texte. On est ici dans la parodie la plus absurde, rejouant les plans larges avec des maquettes sans les maquiller, des décors de cartons pâtes entre deux dialogues ou de fausses morts que ne renierait pas Marion Cotillard depuis le dernier DARK KNIGHT RISES. Autant découvrir la série, pourtant courte, avec patience ; les codes habituelles d’une sitcom sont ici exagérés et mystifiés.

Usant habilement de toutes les possibilités de réalisation (en plateau ou au montage), Matt Piedmont livre une mini fresque habile, portrait des Etats-Unis durant la reconstruction industrielle du XXe siècle (une presque suite au sombre THERE WILL BE BLOOD, humour laissé de côté). On peut flirter avec des idées de faux James Bond à certains moments, de mouvements Beat Generation à d’autres ou des inspirations sur les grands soaps de la télévision américaine, mais ce qui ressort est finalement assez refermé sur l’histoire de base ; l’histoire d’amour tragique entre la fille d’un propriétaire terrien (formidable Kristen Wiig) et le fils adopté (Tobey Maguire) sur 50 ans.

Dans tout ça, il reste le meilleur (et non, pas les passages de Haley Joel Osment ou Jessica Alba). Fatalement, Will Ferrell. Ouvrant et refermant chaque épisode dans le costume (lourd) du faux créateur de la série, le fabuleux Eric Jonrosh, Ferrell excelle en faux Orson Welles. On pourrait facilement y voir une forme de synthèse de ses facéties précédentes. Et s’il signe en 2014 un retour estimé avec ANCHORMAN 2, Ferrell semble pleinement assumer sa stature du roi de l’humour US, version auteuriste, décalée, presque insondable. Largement de quoi en vouloir plus, même si la minisérie en elle-même, dérivé côté format des bêtises de Funny or Die, ne semble pas destinée à connaître de suite.

4 / 5