Je ne sais pas si c’est le froid qui gèle les neurones, la vodka qui annihile toute possibilité de réflexion ou bien si le peuple russe est simplement réactionnaire pour sa majorité. Finalement, la raison importe peu, le fait est qu’en Russie, si l’on s’oppose au pouvoir de quelque manière que ce soit, on vous mate.
Armer le pouvoir syrien pour lui faciliter l’extermination de son peuple rebelle, de ses villes et de ses infrastructures : en Russie, c’est possible ;
Utiliser du Polonium pour tuer des agents secrets britanniques : en Russie, c’est possible ;
Bourrer les urnes lors des dernières élections au vu de tous et emmerder le monde : en Russie, c’est possible !
Après Gary Kasparov, le champion d’échecs, la journaliste Anna Politkovskaïa, les quelques oligarques ayant tenté de s’opposer à la paire Poutine/Medvedev, c’est maintenant au tour de trois membres des Pussy Riot (Nadejda Tolokonnikova, Maria Alekhina et Ekaterina Saloutsevitch âgées de 22, 24 et 30 ans) de subir l’ire de Vladimir.
L’histoire des Pussy Riot est finalement courte puisque leur activité a commencé en 2011. Dès le départ, ce collectif de jeunes femmes s’adonne à des performances en tout genre. Revendications politiques, féministes, sociales. Actions sur la voie publique, dans des musées, des Eglises.
Elles sont proches du collectif Voïna (« la Guerre ») qui pratique également des happenings artistiques provoquants depuis 2007. Entre autres, ils ont organisé une partouze dans un musée d’histoire naturelle dans laquelle on retrouve une femme enceinte de 8 mois. Ou comment réaliser des travaux pratiques…
http://urod.ru/news/6207/
Ces deux mouvements s’inspirent largement des travaux du plasticien Oleg Kulik. Cet enfant terrible de la scène artistique moscovite s’était fait connaître lors d’une rencontre internationale à Stockholm. Il s’était simplement mis nu, et baladé à quatre pattes comme un chien, allant même jusqu’à mordre une spectatrice. Il voulait représenter par ce geste l’infériorité, l’animalité de l’Est vis-à-vis de l’Ouest. Selon lui, en plus de manquer de réflexion celui-ci refuse la main tendue, ce qui réduit le peuple russe au rang d’animal.
Certaines de ses œuvres exposées à la FIAC à Paris en 2008 se sont vues également retirées de l’exposition après une plainte déposée pour “diffusion d’images à caractères violent ou pornographique ou contraire à la dignité humaine…”
Trois des membres des Pussy Riot ont été condamné à 2 ans de camp de travail. Si vous ne suiviez pas trop vos cours d’histoire, retournez à la page Goulag.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Goulag
Leur tort ? Une prière punk dans une église de Moscou au cours de laquelle elles ont clamé « Poutine dégage » et se sont moqué du culte orthodoxe.
Après une telle performance, il y a deux solutions : soit elle crée le buzz sur le web et se fait oublier dès qu’une nouvelle vidéo de cute cat est postée, soit la justice s’en mêle et le feuilleton se répand dans la presse internationale. Malheureusement, en Russie on ne connaît pas encore suffisamment le pouvoir d’internet et l’on n’hésite jamais à punir le moindre affront.
En France comme partout dans le monde, des manifestations ont été organisées. Des gens ont même été arrêtés à Marseille parce qu’ils portaient des cagoules en référence aux jeunes russes.
http://www.laprovence.com/article/a-la-une/a-marseille-les-manifestants-pro-pussy-riot-terminent-au-poste
Le Palais de Tokyo a créé une cellule d’alerte pour suivre et débattre de la situation des « rebelles ».
http://palaisdetokyo.com/fr/exposition/alertes/pussy-riot
Si l’on est bien en 2012, l’être humain reste toujours capable du pire. Reste à espérer que le meilleur du pire est tout de même derrière nous.