Pelo Malo

Écrit et réalisé par Mariana Rondon. Avec Beto Benites, Samantha Castillo, Nelly Ramos, Samuel Lange Zambrano et Maria Emilia Sulbaran. Durée 93 minutes. Sortie française le 02 Avril 2014.

<< Junior a 9 ans. Il vit à Caracas avec sa mère et son frère de 2 ans. Junior a les cheveux frisés de son père. Il voudrait avoir les cheveux lisses de sa mère. Junior adore chanter, danser avec sa grand-mère et se coiffer devant la glace. Mais pour sa mère, Junior est l’homme de la famille. C’est comme ça qu’elle l’aime. >>

Ce qui m’attire dans ces films sud-américains, c’est leur constante dimension sociale. Quand on se remémore Enfance Clandestine de Benjamin Avila, il y avait cette portée sociale amenée par le contexte politique. Ici, Mariana Rondon se pose directement sur le contexte social. C’est peut-être cela qui lui manque : une base plus concrète, plus forte. Pour ensuite en dégager un fait social à explorer. Hors, elle prend directement le mal-être social entourant les personnages, et le fait jouer dans une bulle. Comme un enfermement qui ne peut jamais éclater. Puisque qu’il n’y a rien d’autre sur quoi s’appuyer. De ce fait, Mariana Rondon n’a pas beaucoup de choix de direction à prendre.

Elle surfe sur la linéarité de son récit, quitte à y appliquer des redondances. La réalisatrice mets en scène une sorte d’errance, comme un rat conditionné à sa cage. Peut-être que l’avoir vendu tel un feel-good-movie n’arrange pas les choses. Le cycle, dans lequel est emmené le spectateur, ne connaitra pas réellement de rebondissements. Le film ne comporte aucune surprise. Ni de chute, ni d’élévation : aucune évolution autour des personnages, aucune envolée narrative. Tout reste sur la même longueur d’onde. Dès le début, les conditions entre les personnages nous sont présentées. Et ça restera ainsi pendant un peu plus de 1h30.

Comme Mariana Rondon n’approfondit pas la carte sociétale de son récit, elle se doit de chercher sa mise en scène ailleurs. Au-delà de l’errance (mise en scène physique), il y a une certaine cruauté envers les personnages (mise en scène psychologique). Le mal-être des personnages fonctionne en non-dits. De ce fait, Mariana Rondon s’amuse à être sévère envers ses personnages. Elle leur inflige plusieurs situations de colère, de haine, d’humiliation, de peur, etc… Il n’y a pas beaucoup d’enthousiasme dans ce film. C’est là que l’errance en devient lassante. Parce que la cruauté ne résout rien, elle ne fait que manipuler ses personnages, pour tenter de créer une quelconque empathie chez le spectateur.

Nous sommes alors dans le pur portrait de personnages. Le mal-être sociétal survolé, Mariana Rondon se repose sur les performances (excellentes) de ses acteurs. Les nuances de jeu de la mère sont exquises et rigoureuses. Autant que le jeu innocent et naïf du jeune acteur est fascinant. Derrière la caméra, Mariana Rondon n’a pas très envie de poser sa machine. La majorité du temps, elle est en caméra portée. Comme d’habitude, pour faire croire qu’on augmente la tension, la pression, le danger, etc… En somme, une caméra portée à de multiples reprises juste pour accentuer la partie cruelle du portrait des personnages.

Le spectateur est plongé dans le récit et la réalisation manquant d’appuis sur le mal-être sociétal. Puisque les portraits sont mis en avant, telle la cruauté et les non-dits. Sauf que, il faut noter le choix de l’espace autour des acteurs, qui n’est pas minimal. On remarque un énorme travail autour des décors, de la lumière et du son. Une réelle ambiance s’installe autour des personnages. Cette autre partie de la mise en scène traduit le désir du regard sur l’ambiguïté sociale de la ville. Un regard curieux et impitoyable : lumières à tendance sombres, une ville quasi en ruines aux couleurs à tendance grises et marrons, puis une bande sonore qui détermine une ambiance pesante.

2.5 / 5
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