Écrit et Réalisé par Samuel Collardey.
Avec Dominique Leborne, Matteo Leborne, Mailys Leborne.
France / 90 minutes / 24 Février 2016.
Après les décevants L’APPRENTI (perte de la manipulation et tend vers le démonstratif) et COMME UN LION (facilité narrative pour un protagoniste plat), Samuel Collardey revient avec un long-métrage qui joue à nouveau entre la fiction et le documentaire. Dominique Leborne joue son propre rôle, mais la plupart de ses actions sont écrites. C’est le principe de mise en scène du cinéaste : une approche quasi documentaire, pour tendre vers le plus de réalisme possible ; et une part de fiction pour prendre le point de vue du réalisateur, à travers un propos toujours dans le social.
Le long-métrage TEMPÊTE raconte encore une fois la difficulté de l’intégration sociale, en lorgnant du côté des problèmes familiaux et économiques. En faisant le portrait d’un homme, Samuel Collardey fait aussi le portrait d’une société. Celle qui bascule vers une fatalité qui consume son personnage. Parce que Dominique Leborne n’a pas tous les problèmes d’un seul coup, tel que COMME UN LION. Ici, tout arrive à petit feu, à l’image du marteau avec lequel on enfonce un clou de plus en plus. Ce qui fait la force du film, c’est que cette douce progression vers la fatalité n’est pas un élément de résignation. Au contraire, le cinéaste filme un protagoniste qui montre de la ténacité et décide de lutter contre son sort.
En cela, le long-métrage se regarde facilement, comme une chronique légère mais modeste d’un personnage qui navigue au sein d’une société en crise. Proche de l’errance, mais pas tout à fait : parce que le protagoniste sait ce qu’il veut. Il fait tout pour obtenir un nouveau bien-être, il entre dans le système en devenant une nouvelle couleur de la peinture sociale. Le protagoniste est davantage dans l’attente (d’une vague qui fera basculer sa situation) que dans l’attention (il continue à vivre normalement, avec des contraintes). C’est toute cette modestie et la légèreté du ton qui rend le film agréable. Samuel Collardey ne pointe pas du doigt les problèmes de la société, il ne développe pas les détails d’une crise, il ne va pas prendre son protagoniste en pitié. Au contraire, il montrera son combat envers lui-même (ce qu’il est devenu).
C’est là que la caméra de Samuel Collardey fait des merveilles. Il ne s’agit plus de témoigner bêtement d’une relation entre personnages, ni de laisser couler une mise en scène naturaliste. Ici, la caméra est en admiration constante envers le protagoniste. Le cadre, dans la mesure où il accompagne le protagoniste, le crédite d’une force morale et physique qui lui permet de survivre aux épreuves. La caméra vise à entretenir l’espoir, à capter tous ces moments où le personnage fuit le présent pour se projeter dans le futur (afin de survivre aux problèmes). Dès qu’un soucis lui tombe dessus, la mise en scène n’accorde pas tant d’importance à l’affect : elle se concentrera sur la brûlante impuissance du protagoniste.
Le long-métrage prend toute son importance dans ces instants : le montage atteint ses promesses, dans la manière de créer un cycle interminable entre les problèmes accumulés. Il n’y a pas réellement d’effet catalogue, c’est avant tout un effacement de la temporalité. Non pas un arrêt temporel dans lequel serait coincé le protagoniste, mais plutôt un étirement indéfini de celle-ci où tout est froid et sans issue. Parce qu’au fond, la mise en scène de Samuel Collardey ne met jamais en lumière une quelconque échappatoire : l’esthétique froide et brumeuse renvoient à cette étroitesse de la situation dans laquelle se perd le protagoniste. Une perdition certes, mais une lutte tout de même. Et ça, c’est beau, car c’est très humain.
4 / 5