LES ARCS FILM FESTIVAL 2019 – Compétition Long-métrages
Quelle étrange œuvre nous avons là, difficile à s’approprier, difficile d’y entrer, difficile de déterminer un objectif à son existence même. Parce que ECHO n’est pas un film avec une intrigue dramaturgique, n’a pas de personnage(s) principal(aux), n’a pas de schéma narratif. Runar Runarsson choisit d’explorer une période allant de quelques jours avant Noël jusqu’au Nouvel An, mais sans distinguer les jours dans son montage – tout est abstrait. Il y observe des personnes, de tout âge, peu importe leur occupation quotidienne, se préparer et vivre ces fêtes de fin d’année. Alors que tout devrait être absolument joyeux et convivial, une atmosphère troublante perturbe tout le pays, accentuant des émotions d’exaltation ou d’oppression. Comme son titre l’indique, le long-métrage propose de voir tout cela grâce à un écho. Celui qui permet à l’atmosphère troublante de se propager partout, envers toute personne.
Cependant, l’écho créé se constitue de 56 vignettes / scènes toutes distinctes et indépendantes. Le film est donc une mosaïque, une sorte de patchwork de plusieurs petites idées qui se succèdent au montage. Leur seul point commun : l’idée que la société moderne est malade et parfois méprisable, mais qu’il y a des tentatives pour essayer d’améliorer la situation. Mais ce ne reste qu’un écho, car les 56 vignettes ne dialoguent jamais, ne trouvent pas d’unité par-delà l’idée. Tout simplement parce que Runar Runarsson ne prend jamais le temps de regarder. Le cinéaste crée des mini situations / des courtes scènes (d’où le terme de vignette) où il ne s’attarde pas à construire davantage son idée, à développer chaque détail qu’il intègre. Le temps est beaucoup trop morcelé pour captiver. Alors que, dans l’ambiance générale, il y a une vraie patte. Entre la célébration, la comédie, les conflits, les sinistres, il y a une vraie proposition de montage du ton. Les 56 vignettes ne sont pas montées aléatoirement, car quand il y a de la noirceur ou de la tragédie, il y a toujours un peu de joie et d’amour qui suit. Comme s’il fallait toujours relativiser. Mais sans prendre le temps.
La plus grande unité esthétique du film est l’observation du cinéaste. Se plaçant à distance de tout ce qu’il écrit et montre, Runar Runarsson ne construit pas un regard particulier sur cet écho, mais reste dans l’observation pure et dure. L’unité esthétique tient donc au cadre, avec une caméra toujours posée de façon à ce que une vignette soit égale à un plan. Le montage (et donc le film) se résume donc à 56 plans pour 56 vignettes, avec un cadre constamment figé. Cela peut rebuter plusieurs personnes, peut-être à créer de l’ennui par une sensation de forme monotone. Mais cela peut ravir d’autres personnes, qui y verront à quel point le cinéaste prend soin de composer chacun des espaces qu’il filme, à quel point la photographie peut être nuancée selon les vignettes et l’ambiance de celles-ci. Ce que le cadre figé ne nuance pas, est l’impression d’enchaîner les portraits et que celui de la société islandaise ne devienne qu’un catalogue de situations.
Mais sous ses airs patchwork et maladroit dans le travail sur le temps, ECHO possède une mise en scène très discrète mais très rigoureuse et évocatrice. Runar Runarsson, dans ses cadres figés, réussit à brouiller la frontière entre le dispositif documentaire et le travail de fiction très scénarisée. Avec des comédien-ne-s professionnel-le-s et des amateur-rice-s, le cinéaste arrive à élaborer une ambiguïté permanente dans ce qu’il montre. Pendant les 56 vignettes, il est souvent impossible de constater s’il s’agit de documentaire ou de fiction, ou s’il s’agit d’une réalité mise en scène. Ce qui est même encore plus troublant, est que le cinéaste choisit des plans larges, pour englober les espaces (avec leurs belles compositions), les personnages et les bruits d’ambiance. Dans ces plans larges, malgré ce qui semble important de regarder (les émotions de personnages mis en avant), il y a très souvent un contrepoint quelque part dans le plan. Malgré le cadre fixe, la mise en scène crée des détails qui s’échappent de l’ambiance, comme une possibilité de porte de sortie pour l’instant discrète.
ECHO
Réalisation, Scénario Runar Runarsson
Pays Islande, France
Distribution Jour2fête
Durée 1h19
Sortie 1er Janvier 2020