L’étreinte, de Ludovic Bergery

Il y aurait deux significations possible ici pour l’étreinte qui donne le titre du film. Dans un premier temps, il s’agit évidemment de sa définition littérale : l’action d’embrasser et/ou d’enlacer quelqu’un. Tout simplement parce que Margaux trouvera plusieurs affections différentes dans son parcours (qu’elles soient douces ou révoltantes). Dans un second temps, l’étreinte est aussi cette petite flamme qui tente de réanimer la protagoniste après la parte de son époux. Celle où la reconstruction commence par la solitude, puis par quelques rencontres ici et là. Mais surtout, c’est une flamme encore timide, vulnérable, qui voit la détresse se resserrer autour d’elle. Alors que Margaux reprend des études pour débuter une nouvelle vie, elle ressent un besoin d’affection et d’émotions. L’ETREINTE est alors une quête d’amour, entre rencontres diverses et redécouvertes sensorielles.

L’approche est délicate, entre l’intention de n’être qu’une chronique pour la protagoniste, et le refus de se livrer à la colère ou la peur dans le ton. La mise en scène accompagne éperdument Emmanuelle Béart dans ses moindres gestes, bien aidée par une caméra souvent très proche des corps. Pourtant, il n’est pas aisé d’entrer en contact avec Margaux, qui semble bien distante habillée de ses pulls bien chauds, comme une pudeur qui réapparait avec la blessure émotionnelle. La caméra sert donc de guide, sans jamais orienter (ni le personnage ni les spectateurs), pour essayer de créer des occasions, voire même d’éclaircir un vide qui consume le corps. Une observation qui accompagne la protagoniste alors qu’elle se laisse porter à la découverte du monde qui l’entoure. Il n’est pas anodin que le film commence par de l’eau, pour y retourner ensuite. C’est la représentation même de la vie et des abîmes à la fois. Cet élément imprévisible qui est une source de vitalité, mais aussi une source de disparition. Le parcours de Margaux dans cette renaissance est similaire au passage d’une personne devant une vitrine commerciale : chercher la beauté, l’apercevoir, mais sans jamais pouvoir l’agripper et l’obtenir.

Ce n’est donc pas uniquement une aventure psychologique, mais aussi une aventure physique. Au-delà de la fougue et de la violence physique que peut subir Margaux, c’est une lutte permanente pour échapper à un fantôme qui s’accroche à elle. Dans le deuil, son défunt époux semble toujours présent à ses côtés. Comme si son esprit et son corps sont tous deux encore dans un entre-deux, dans un espace transitoire. Alors que les étudiants s’amusent, la protagoniste est toujours légèrement à l’écart. Puis, lorsqu’il s’agit de retrouver le désir et le plaisir, elle pense y parvenir alors qu’elle se retrouve isolée dans un espace violent. Dans cette mélancolie innocente et irréparable, Emmanuelle Béart porte tout le film sur ses épaules. Son personnage erre dans les remous d’une renaissance, sans aucun repère. Il est facile de deviner qu’elle a vécu dans l’ombre de son mari, si bien qu’elle ne s’adapte pas du tout aux codes de la société qu’elle réintègre. Ainsi, elle est désormais dans l’ombre de la société, tel un spleen en plein décalage avec un environnement qui ne résonne pas du tout chez elle.

Pour mettre en scène ce décalage, Ludovic Bergery choisit de suspendre le temps à plusieurs reprises. Plutôt que d’étudier cette transition dans la vie de Margaux, il fait le portrait de moments pour les réunir dans une seule et même expérience. Telle une chronique, le film est une série de moments suspendus dans la renaissance de Margaux, sans pour autant décider si ces moments vont devenir importants pour elle. Margaux vit ces expériences une à une, pour ensuite en vivre d’autres. Il y a comme un point de vue d’incompréhension face à l’époque contemporaine, où tout mouvement semble totalement étranger. Sauf que les moments vécus par la protagoniste sont souvent illustratifs : la jeunesse libre et anticonformiste, la violence d’hommes envers une femme seule, le mensonge d’un amant, etc. L’effet vitrine est aussi réel quand il s’agit de passer d’une vitrine à une autre, où le concret de l’environnement n’existe que trop peu au profit de l’abstraction. La mise en scène est beaucoup trop observatrice pour réussir à retranscrire l’aspect jungle des expériences. Tout ces temps suspendus ne reflètent qu’avec beaucoup de mal la noirceur de l’état d’esprit. Margaux traverse et observent beaucoup d’espaces où émane une fougue sauvage ou une violence brute, qui font écho à son intérieur, mais qui deviennent anecdotiques. Le film est comme sa protagoniste, il tâtonne le terrain et ne trouve jamais le ton sur lequel il aimerait naviguer. A force de ne pas choisir entre la sensualité et la violence, les expériences deviennent bien trop abstraites pour véritablement offrir un souffle vital à sa protagoniste.


L’ETREINTE ; Écrit et Réalisé par Ludovic Bergery ; Avec Emmanuelle Béart, Vincent Dedienne, Tibo Vandenborre, Sandor Funtek, Nelson Delapalme, Marie Zabukovec, Arthur Verret, Yannick Choirat ; France ; 1h40 ; Distribué par Pyramide Distribution ; Sortie le 19 Mai 2021

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