Écrit et Réalisé par Hélène Zimmer. Avec Athalia Routier, Galatéa Bellugi, Najaa Bensaid, Kevin Château, Louis Jacq, Sam Greep, Azzedine Bouabba. France. 86 minutes. Sortie française le 25 Février 2015.
Je préviens tous ceux qui déformeraient le titre, il ne s’agit pas d’un teenage movie. Il s’agit bien d’un film d’adulte qui porte un regard sur les adolescents. Le regard du film est d’autant plus intéressant quand on sait que c’est le passé de la réalisatrice/scénariste qui l’a inspiré. L’approche est profondément partagée entre un langage extrêmement cru et un regard complètement féminin. L’approche est constamment dans un déchirement envers la condition des personnages féminins, c’est quelque part le plus grand intérêt du film.
Entre les âges
L’une des forces du film, c’est que l’approche caractérise le passage collège à lycée comme le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Les questions de responsabilités sont posées, le contrôle de soi est l’une des clés de la direction d’actrices, l’émancipation via la révolte est également traitée. De cette manière, la pensée du lycée (et donc le passage à l’âge adulte) agit comme une peur pour les personnages. C’est de là que nait une certaine fougue chez ces collégiennes. Comme la nostalgie de la jeunesse, de profiter tant qu’il est encore temps.
Il est pourtant bien dommage que le rythme ne suive pas autant. Les personnages sont confinés dans des points de vue différents. Même si, on verra par la suite que cela est un point fort du film, cela provoque aussi des évolutions trop spontanées. A cause du changement constant de point de vue entre les personnages (trois, en tout), le développement de chaque fille vient par des pics à certains instants. De plus, ces évolutions ne se font jamais dans une réflexion en personnage seul. Elles arrivent toujours lors de confrontations avec d’autres personnages. Notamment face aux insupportables personnages paternels (les mères sont des stéréotypes lourdingues de la colère facile et du monstre qui empêche leurs enfants de s’exprimer, ça crie toujours lors des scènes avec les parents).
De l’autre côté
Comme dit précédemment, il y a plusieurs points de vue. Trois différents pour les trois personnages féminins principaux. Elles commencent ensemble le récit, pour ensuite se disperser petit à petit. Elles créeront leur propre récit respectif, pour que ces multiples directions finissent par former le noyau du discours. Ce sont ces récits parallèles qui vont dessiner les approches décrites auparavant. Sans la tension entre les personnages féminins, la révolte, la séduction, la rage, etc… ne peuvent pas se développer.
Le seul problème avec ce système, c’est que la progression du récit devient de plus en plus poussive. A force de s’attarder sur des détails qui alimentent les tensions, la révolte, etc…, le film ne trouve jamais son envol. Chaque morceau traité manque cruellement d’ampleur et d’énergie dans les impacts pensés. Les causes sont trop maigres pour que les conséquences soient fortes. Cela se ressent également dans la forme, où les différents points de vue n’ont aucune différence de regard. Ce n’est pas le cadre qui s’adapte aux personnages, mais bien ces personnages qui s’adaptent au cadre.
De plus, même si le cadre ne permet pas de distinguer les points de vue, il permet se rendre compte d’une symétrie des corps. En effet, les personnages agissent telle une rivalité à distance. Même en étant dans différents champs, les personnages sont tout le temps connectés. L’acte d’un personnage engendre l’acte d’un autre, et ainsi de suite. Les corps se répondent dans une sorte de défi d’attitudes. C’est par là que toute la rage physique (batailles en corps à corps, danses, …) et tout le jeu sur le corps qui change (suggestion des formes féminines par la danse, le sexe, les habits, les regards des personnages masculins, …) va prendre son intérêt.
Respire
Puis, heureusement qu’il y a cette idée de mise en scène ces corps, dans une symétrie des champs. Parce que, dans son découpage, la réalisatrice/scénariste Hélène Zimmer ne laisse pas beaucoup respirer ses personnages. En les filmant très souvent de près, elle traduit toute la tension qui s’accumule autour d’eux. L’oppression est présente dans chaque plan rapproché, et trouve son ressourcement dans quelques plans plus larges (moyens ou d’ensemble) où la nostalgie réapparais. On ne pointera pas la banalité académique des plans effectués, car leur intérêt est effectivement d’une grande valeur pour le récit. On ne signalera pas non plus la trop grande quantité de plans rapprochés, où le nombre incalculable de gros plans envahissent le grand écran. Mais le film est tout de même intéressant dans sa traduction formelle d’une sensation (aussi bien morale que physique).
Enfin, le plus grand regret qu’un spectateur pourrait avoir devant ce film, c’est devant l’esthétique. Malgré l’oppression, la recherche de liberté et toutes les sensations par lesquelles passent les personnages féminins, le film ne travaille jamais une esthétique définie. Hélène Zimmer ne marque jamais d’empreinte esthétique, qui pourrait graver des plans dans la mémoire du spectateur. Les espaces filmés sont trop aléatoires envers les scènes présentées. Les personnages, même dans leur symétrie des corps, sont trop souvent démarqués des espaces.
2.5 / 5