Écrit et Réalisé par Alice Rohrwacher. Avec Sam Louwyck, Alba Rohrwacher, Maria Alexandra Lungu, Sabine Timoteo, Agnese Graziani, Luis Huilca Logrono, Monica Bellucci, André Hennicke. Italie. 110 minutes. Sortie française le 11 Février 2015.
Prochain arrêt : Italie. Voici un film qui nous invite à visiter le paysage italien dans toute sa splendeur. Un film sans climax, un film sans retournement de situation, un film sans gros discours. Juste un film qui ne demande qu’à contempler ces personnages qui tentent de survivre. La crise n’est qu’un contexte, le principal étant de suivre les personnages qui composent la région filmée. L’apocalypse n’est pas très loin, tout en suggestion, par le père colérique et (presque) paranoïaque. Mais également par ce laboratoire familial qui fait peine à voir. Sans parler de ces instants absurdes de nerfs, quand par exemple le père crie après les chasseurs.
La ruche des humains
Le film peint un tout humain, où tous se réunissent autour de leur personnalité. Au centre, se trouve l’Italie. Un peu comme une ruche où les personnages virvoltent autour d’une fierté nationale. Encore plus ample, les personnages donnent l’impression de voler autour d’une merveille. Seule sa définition les différencie, mais leur but reste le même. Le récit comme un prétexte au rassemblement des personnages vers le paysage italien. L’amour de la terre, qu’elle soit porteuse de fierté ou remplie d’âpreté, est ce qui forge l’agitation de tous les personnages. De cette manière, Alice Rohrwacher peut les filmer d’un point de vue différent.
Le père, joué par Sam Louwyck, s’impose toujours dans le cadre. Soit par une droiture, soit par un regard méprisant ou consterné, il est à chaque plan la figure de l’autorité brutale. Dans sa timidité du regard, dans sa furtivité des attitudes et dans son intelligence des répliques, la fille aînée Gelsomina (jouée par Maria Alexandra Lungu) s’impose comme la figure de la princesse malgré elle. Tel le visage rival du père, où elle sa rupture émotionnelle se ressent par des plans souvent rapprochés. La décomposition de son corps met en avant une écorchure dans le schéma de la ruche humaine. Un pays qui n’est que l’ombre de lui-même, où les plans sont comme un argument de combat pour la beauté.
Des personnages et du décor
Entre sensualité et sensorialité des plans, le film évite avec brio de s’aventurer dans la vulgarisation de la situation des personnages. Une idée du traitement du paysage surgit, quand on se souvient du cinéma de Fellini. Chaque mouvement devient un message de grâce envers les personnages. Ainsi, les acteurs sont parfaits pour la douceur qu’ils apportent. Même le personnage du père est tendre dans son optique de combler la famille de bonheur. Le film est toujours aussi humble, car les personnages sont une partie du décor.
Quand on se rappelle de la première séquence de STILL LIFE de Jia Zhang Ke, il y a cette même volonté d’inscrire les personnages dans la définition de l’espace. Les personnages n’agissent pas dans le décor, car ils en sont la définition. Le paysage du film est le repère de la ruche humaine, qui s’agite pour en décrire toute la splendeur. Avec de nombreux floux, de plans rapprochés, de travellings lents, des arrêts sur paysage en plan large, … le film cherche à capter les personnages dans les moindres recoins de leur environnement. Les espaces ne sont jamais décomposés, et se présentent comme la source de l’être humain, de ce qui le rend si vital et énergique.
Une chronique du lointain
En captant les personnages un peu partout, le film est écrit comme une chronique. Telle une petite poésie des personnages dans un environnement si unique. La rareté de l’espace est surtout le point d’orgue du film. Alice Rohrwacher filme avant tout des humains qui s’agitent comme leur état primaire. Le côté sauvage menace de ressortir à chaque instant, pendant que leur combat psychologique devient de plus en plus poignant. Le film transforme progressivement les corps des personnages, vers un état de survie. Sauf que le film révèle, comme dit précédemment, une beauté qui combat la vulgarisation.
De ce fait, le film se focalise sur des souvenirs presque perdus. Alice Rohrwacher est dans l’exploration d’un passé, dans la recherche du trésor enfoui. Les plans donnent souvent l’impression d’aller chercher au plus profond du paysage, pour y déceler, repérer des êtres humains hors du commun. C’est toute la puissance du film : présenter un joyau à travers un conte peignant un paysage commun. C’est là que les réminiscences prennent le pas. Le conte pousse sans cesse à se rapprocher de l’initiation de l’enfant. Alors que les adultes semblent s’engluer dans la boue du paysage connu, il y a l’envol des enfants. Mais tout s’effectue dans le même paysage, dans la même idée de la rareté du passé.
3.5 / 5