Il y a un grand point commun entre LAND OF MINE et A WAR : deux films danois où des personnages embarqués dans l’uniforme militaire doivent gérer des mines. Il y a évidemment quelque chose de KILO TWO BRAVO, film britannique de Paul Katis, où un groupe de soldats se retrouvent coincés dans un petit périmètre envahi de mines. Celui-ci se regarde comme une sorte de clos très tendu, tout comme les deux films danois. Là où chaque long-métrage se démarque, c’est dans la gestion du temps. KILO TWO BRAVO a une unité de temps claire : le film ne prend pas de pause et suit le sort de ses personnages dans ce petit périmètre. C’est surement ce qui crée la plus grande tension entre les trois long-métrages. Dans LAND OF MINE (Martin Zandvliet), le temps est charcuté en plusieurs morceaux : il y a le temps invoqué par chaque mission sur la plage (où sont présentes les mines) et il y a le temps intégré au campement (le cabanon saisi dans une ferme). C’est la séparation de la tension du terrain de la tension morale : l’intimité et la psychologie sont au cabanon ce que l’approche de la mort est à la plage. A WAR (Tobias Lindholm) reprend cette idée de la séparation du calvaire, mais de manière plus radicale et distincte : il y a la peur & la mort dans les situations de guerre dans une première partie, puis il y a la frustration, la colère dans l’intimité dans une seconde partie.
Ce qu’on pourrait reprocher à A WAR, c’est son manque d’engagement sincère dans sa seconde partie. Dans cette longue partie sur le jugement, le traitement est trop timide pour que les interrogations aient un réel impact sur la rencontre entre l’intimité et la politique. Ici, le film questionne le « bien », mais ne remet jamais en question l’autre camp (seul le commandant est pris à partie). La seconde partie se transforme rapidement en un procès / jugement unilatéral. Là où le système politique aurait pu être questionné également, seul le « bien » est exploré. C’est bien dommage, car dans LAND OF MINE, Martin Zandvliet a compris que la vie intérieure des soldats n’est pas dissociable du pouvoir qui leur est supérieur. Cette confrontation est remise en cause à chaque instant, comme s’il y avait du « bon » et du « mal » dans chaque camp. Le petit plus de LAND OF MINE et de KILO TWO BRAVO, c’est de vraiment explorer l’intériorité intime des personnages-soldats pendant leur service : cela montre une toute autre dimension aux situations de guerre. C’est à cause de cela que A WAR est trop long dans sa seconde partie.
Par contre, on ne pourra absolument pas reprocher a A WAR d’avoir une part d’authenticité, cette dimension presque-documentaire qui propulse l’ambiance dans la sincérité des émotions. Ce n’est pas une démonstration du spectacle, mais réellement un effacement du cinéaste et de la caméra dans des situations compliqués à filmer. Seul le spectateur est juge du « bien ». LAND OF MINE a choisi une toute autre manière : celle d’alterner les points de vue entre le chef et ses jeunes soldats. Ainsi, le long-métrage sonde le comportement dans sa plus parfaite précision, pour créer l’alternance entre la cruauté et la tendresse. Il y a même quelque chose de DIRTY DOZEN (« Les Douze Salopards », Robert Aldrich) dans le portrait de ces jeunes soldats. Alors qu’avec KILO TWO BRAVO, l’authenticité et l’intimité du quotidien hors missions ne font pas partie de l’oeuvre. Ici, il s’agit de montrer comment l’art (de la caméra) peut être au service des sensations les plus fortes. Trois films assez proches mais tout de même différentes, trois belles façons de raconter une même situation, une même peur, une même intimité apeurée.
KILO TWO BRAVO de Paul Katis (Royaume-Uni, 2014). Avec David Elliott, Mark Stanley, Scott Kyle, Benjamin O’Mahony, Bryan Perry, Liam Ainsworth, Andy Gibbins.
♥♥♥♥
LAND OF MINE de Martin Zandvliet (Danemark, 2015). Avec Roland Moller, Mikkel Boe Folsgaard, Laura Bro, Louis Hofmann, Joel Basman.
Sortie Française le 1er Mars 2017.
♥♥♥♥
A WAR de Tobias Lindholm (Danemark, 2016). Avec Pilou Asbaek, Tuva Novotny, Dar Salim, Soren Malling, Charlotte Munck, Dulfi Al-Jabouri.
♥♥♥
4 / 5