Léa Mysius, scénariste du dernier Desplechin et sortante de la FEMIS, sort un premier long-métrage plein de promesses. Film qui commence dans le naturalisme, avec ses plans quasi documentaires et à l’esthétique la plus épurée possible, pour introduire une ambiance estivale et de tranquillité. Une sorte de conte balnéaire, comme quand Laure Calamy jouait dans UN MONDE SANS FEMMES (Guillaume Brac, 2012). Sauf que, une perturbation du corps et un mélodrame, feront basculer le film vers un semi thriller aux allures de romance interdite.
AVA est surtout un récit d’apprentissage pour la jeune protagoniste. Noée Abita, magnifique dans cette nuance entre l’angoisse et la détermination, le dit elle-même à un moment : Ava signifie « désir ». Le film tourne toujours autour de cela dans son apprentissage. Au début, la jeune Ava est isolée par le cadre, esseulée au milieu de toute cette foule et de toute la folie liée à la chaleur. Mais lorsqu’elle s’implique dans une relation intime, lorsqu’elle se mêle au danger, Léa Mysius inverse la donne et c’est la foule qui est isolée de la jeune Ava. Comme si les réelles sensations fortes, la vraie sensation de vivre est dans le danger et dans la peur.
Léa Mysius travaille donc beaucoup sur la présence ou le manque de lumière. En lien direct avec la perte de l’innocence (issu du récit d’apprentissage), le film s’assombri de plus en plus pour souligner l’état crépusculaire dans lequel s’inscrit Ava. Se perdant au milieu d’un désir dangereux, la lumière est la marque d’intensité dans le ton. Comme si la jeune protagoniste se livre corps et âme à faire ressortir l’épreuve du risque, à dévoiler un caractère, se livre à l’abandon de soi. L’apprentissage se déroule ainsi : le passage de l’impassibilité au danger est traduit par le passage de la lumière vers l’obscurité.
Ainsi, le film peut manifester une forme de sauvagerie avec ses personnages amants. Non dénué d’humour à quelques reprises, le film parle de la sauvagerie comme il parle de l’éveil de la sexualité. C’est en cela qu’il est très beau. Il faut voir comment, dans la première partie délicieuse, Léa Mysius arrive à montrer le génie comique de Laure Calamy tout en la nuançant de quelques instants de tragédie. L’éveil se fera par quelques troubles (les cauchemars d’Ava) pour faire glisser le conte de vacanciers vers un road trip à l’ambiance ténébreuse, où le couple devient un duo de guerriers dont les corps sont défiés.
Dans une mise en scène rigoureuse des espaces, Léa Mysius y décrit la poésie du mouvement des corps et la sensorialité de l’humain face à la nature. Les grands points forts de AVA résident dans son étrangeté et dans la révélation Noée Abita. Sans chercher à pousser vers un ailleurs, mais en le frôlant par l’imaginaire, Léa Mysius instaure une frontière entre le réel et le fantasme. C’est parce que tout peut basculer d’un instant à l’autre, que toute la lumière peut devenir obscurité d’un seul coup (d’un seul plan), que la frontière n’est pas franchie. Léa Mysius joue constamment de cette bascule entre réel et fantasme, entre lumière et obscurité, car la jeune protagoniste est toujours rattachée à une part des deux. C’est pour cela que les cadres de Léa Mysius prennent le temps de contempler les espaces filmés (cette magnifique scène où Ava se dénude pour aller seule dans l’eau, entre angoisse de l’inconnu et sensorialité poétique), en les ouvrant le plus possible au fantasme. Plans rapprochés dans l’obscurité et plans moyens dans la lumière, Léa Mysius a un vrai sens du cadre qui permet de toujours espérer ou craindre avec les espaces.
AVA de Léa Mysius
Avec Noée Abita, Laure Calamy, Juan Cano, Tamara Cano, Daouda Diakhate, Baptiste Archimbaud, Franck Beckmann, Ismael Capelot.
France – 1h45 – 21 Juin 2017