Félix et Meira

Festival du Film d’Amiens 2014

Réalisé par Maxime Giroux. Écrit par Maxime Giroux, Alexandra Laferrière. Avec Martin Dubreuil, Hadas Yaron, Luzer Twersky. 105 minutes. Canada. Date de sortie inconnue.

Voici le film qui a remporté le titre de Meilleur Film Canadien devant MOMMY de Dolan et MAPS TO THE STARS de Cronenberg. Un détail qui n’est pas rien, normalement. Ce film d’amour est intéressant, mais en plusieurs points décevant. Premièrement, l’intrigue romantique du film paraît bien forte. Dans le sens où elle tient sa puissance de l’auto-confiance qu’elle livre. Nous avons ici un film qui croit très fort en l’amour, par le sentiment qui fait que deux êtres ne peuvent l’expliquer. L’amour est là, et c’est sa plus grande beauté. Le côté mélodrame du film dévoile une telle sincérité que le texte est très vite absorbé. La scène du tennis de table est passionnante par un seul point : le fait que l’on finit par oublier la partie de ping-pong pour être subjugué par le regard de l’actrice et les réponses qu’elle donne à son partenaire.

De plus, l’intrigue romantique a un autre point fort dans son déroulement. Bien que plus rare qu’on le pense, le film s’intéresse au point de vue de l’époux trompé. Dans le triangle amoureux, Maxime Giroux offre le choix de découvrir la manière dont chaque personnage gère la situation. C’est aussi ici que la sincérité du mélodrame, de l’amour prend tout son envol. L’amour est tellement présent dans chacun des personnages, que les confrontations se jouent sur des mots et des regards. Une seule scène de combat physique a lieue, et encore elle est dans l’absurdité la plus totale. Une manière de prouver comment les mots sont plus forts que les actes.

Cela fonctionne pour l’amour, mais pas pour le travail cinématographique. Car s’il y a bien une seule chose à sauver dans le film, c’est sa mise en scène. Les acteurs sont d’une justesse et d’une retenue fondamentale, où le dilemme de la situation ne peut faire rapprocher les corps des acteurs. A partir de là, il y a une sorte de distance entre les corps, mais les esprits et les cœurs sont très proches. S’il y a bien deux scènes à retenir (ou extrapoler) du film pour en montrer son léger intérêt, il s’agit du face-à-face entre les deux hommes autour d’une table (seulement pendant le plan-séquence, avant que le champ/contre-champ ne reprenne le pouvoir) et la scène de déguisement en rabbin et d’incrustation dans la fête.

Le reste du film est d’un conventionnel perturbant. Surtout au niveau de la narration, là où l’évolution du mélodrame a déjà été vu des milliers de fois au cinéma. Le coup de foudre, la jalousie du trompé, la rupture, les retrouvailles, une fin attendue depuis le tout début. Le rythme se cantonne sur l’hésitation des personnages, et ne fonde aucun vrai climax pour casser les codes du mélodrame classique. Ensuite, le découpage n’est pas non plus très passionnant. On peut rapidement s’ennuyer devant ce classicisme confondant dans les plans.

Histoire de poser la caméra là où le plan peut être beau, sans grande valeur des échelles ou des focales. Les décors sont tellement aléatoires envers les scènes entre personnages, que les acteurs portent à eux seuls le film. Et quand on remarque la passivité du décor envers l’intrigue, on peut également souligner le manque de réflexion dans l’esthétique. La lumière est au plus possible naturelle, sans de réels ajouts significatifs. Et les costumes sont d’un banal frustrant, n’apportant rien de plus aux définitions des personnages.

Enfin, les espaces pourraient être passionnants envers les situations évoquées. Comme si Maxime Giroux voudrait se concentrer sur les effets et les codes du mélodrame, sans vouloir oser à aller plus loin. La prise de risque est quasi nulle (on gardera le point de vue le l’homme trompé comme une idée osée), tant surtout les espaces pourraient combler une ambiance trop survolée. Le ton est donné par les répliques, tout comme l’ambiance trop uniformisé par le dilemme amoureux. Dommage, une intention qui aurait un peu fait sortir le film du mélodrame aurait était plus envoûtant.

3 / 5
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