FIFAM 36 : Jour 5 – 16 Novembre

Il est nécessaire de revenir sur point grave : les retards sur les séances dans un Festival de Cinéma. Il y a TOUJOURS des spectateurs qui râlent auprès des gentils bénévoles à l’entrée des salles car ils ne peuvent pas entrer à l’heure. J’hésite entre le désarroi et la bêtise. Mais là n’est pas le plus important, car il s’agit principalement de personnes âgées qui ne peuvent pas entrer vingt/trente minutes avant le début afin de s’asseoir confortablement pour finir par dormir. Mais restez chez vous, mince alors. Ce message s’adresse également à une autre situation : l’utilisation des téléphones portables durant les séances en salle obscure. Chers jeunes personnes, éteignez vos téléphones ou on vous coupe les mains. Non, plus sérieusement, faut choisir entre la salle obscure et le téléphone. Tout comme les mangeurs de nourriture dans les salles, avec leurs paquets bien bruyants. Message personnel pour eux : même quand vous essayez de le faire discrètement, on vous entend quand même. Sinon, je me parle à moi-même aussi car j’ai déjà pratiqué ces trois situations, mais maintenant je suis plus sage et raisonnable.

La journée a débuté avec une séance spéciale Cinéma Malgache avec 6 court-métrages. Même si le niveau n’était pas équivalent à chacun, ils sont tous très intéressants en explorant / interrogeant une identité tout en cherchant à une créer une forme qui traduise une sensation personnelle. De l’animation à la fiction live, ces six court-métrages montrent que le Cinéma Malgache peut rivaliser avec tout autre cinéma.
Pause déjeuner. Vive la pizza au fromage. Et les cookies. Et le fromage.

L’après-midi démarre avec les 2h20 de LACOMBE LUCIEN, le film à scandales de Louis Malle. Comprenant la réaction de l’époque, ce film n’est autre qu’une œuvre qui était en avance sur son temps. Mais ce n’est pas le plus passionnant, car il propose un sujet fort, dur et troublant, tout en ne marquant pas de différence entre le Bien et le Mal. Jamais Louis Malle ne prend position, avec sa caméra il ne fait que regarder, montrer. C’est là tout le génie du long-métrage, parce qu’il invite le spectateur à forger son propre regard à chaque plan. A la fois film de guerre perturbant et romance diabolique, le film est un bijou qui donne un ton aussi vivant que mortifère d’un caractère. La perfection ne tient pas à l’idée de biopic, ni à celle d’un film sur la guerre, car Louis Malle s’intéresse davantage à la complexité psychologique de l’humain.

Le documentaire CLOSE ENCOUNTERS WITH VILMOS ZSIGMOND aura sa propre critique unique, film de Pierre Filmon sorti ce 16 Novembre. Grand documentaire qui a beaucoup de valeur sur l’idée d’esthétique et de regard.

Il y a ces Festivals qui tentent l’originalité et qui sélectionnent des cinéastes inconnus ou jamais apparus en compétition. A Amiens, que nenni, on ré-invite des cinéastes qui étaient déjà en compétition les années précédentes. Dans l’idée, il y a du bon – revoir ma critique du Peter Monsaert et du Anne Émond – et il y a du mauvais. Ici, je parle du retour de Damien Manivel, après UN JEUNE POETE présenté il y a deux ans. Ne l’ayant pas vu, les retours étaient en majorité mauvais. En 2016, le « réalisateur » nous livre une soupe étrange qui ne ressemble à rien. Je n’écrirai pas de critique unique sur LE PARC, ça serait lui donner toute une considération qu’il ne mérite pas. Prétentieux au possible avec sa conviction que ses plans fixes sont des tableaux, Damien Manivel n’est pas non plus un bon metteur en scène. Jeu d’acteur forcé avec des va et vient ridicules et des personnages dont la marche tranquille est indigente. Ceci servi dans un paradoxe continu dans la photographie, ne sachant pas gérer la lumière et l’ombre comme il se doit, par rapport aux déplacements des comédiens. De plus, même quand le film prétend aller vers le fantastico-onirique, il trébuche dans la démonstration à la Sorrentino. Enfin, à partir du moment où le climax d’un film provient d’un SMS retranscrit en toute lettres sur une image, ce film perd toute ma considération. Long, laid et inutile : j’ai déjà vu des films de fin d’études en faculté d’arts bien meilleurs que ça.

Quoi de mieux pour finir une journée cinématographique que de découvrir un Akira Kurosawa ? Non, pas LES SEPT MERCENAIRES, mais un film plus vieux. Un long-métrage qui fait parti de la période japonaise colonisée par les américains (1946-1952). Il s’agit de UN MERVEILLEUX DIMANCHE sorti en 1947. Un film qui s’oppose à la misère en la plaçant au cœur de son duo de personnages. Toutefois, le regard est tellement tendre et bienveillant, que le film se transforme en fable humaine intime qui n’en finit pas d’évoquer l’espoir social, d’esthétiser le fantasme et de suggérer en hors-champ la cruauté.

En conclusion, je dirai qu’il s’agissait d’une belle journée de Cinéma, mis à part le film de Damien Manivel. Après tout, il faut de tout pour faire un monde, pour faire le Cinéma (avec limites, bien entendu). Ensuite, malgré l’absence de tapis rouge et de décorations pour le Festival (sauf les affiches, bien voyantes tous les vingt mètres), je dois dire que la fatigue commence à se faire réellement ressentir. Oui, je sais, aucun rapport : tout comme quand j’ai envie de dire que j’ai enfin eu un autre Nectar à l’abricot. Youpi. Une autre chose, également : la rue piétonne d’Amiens est en train d’être nettoyée afin de recevoir les chalets pour le marché de Noël. En attendant, beaucoup de lycéens ont pu (re)découvrir la fameuse odyssée de l’espace de Kubrick. Pas moi, trop occupé à jouer l’élitiste afin de découvrir un film de guerre qui a fait scandale. A suivre.