FIFAM 36 : Jour 6 – 17 Novembre

Il y a quelque chose d’amusant quand on est pas grand en taille : on passe facilement dans les foules, on est rapidement discret, etc. Par contre, ça devient beaucoup moins amusant lorsque l’on croise une ribambelle de jeunes enfants venus en classes scolaires, sortir d’une salle de cinéma. A ce moment là, on fait tout pour s’écarter le plus possible, afin de ne pas être pris dans la foule et d’être confondu avec un enfant de huit ans. Cela dit, il serait très étrange de voir un enfant de cet âge avec une barbe.
Autre chose marrante de la journée : Radio Campus Amiens était présente à la Maison de la Culture pour une émission spéciale FIFAM, en fin de matinée et tout le midi. C’était passionnant d’écouter les invités (qu’ils soient artistes ou de la presse), mais c’était plus amusant d’écouter les questions des jeunes chroniqueurs. Il est certain que tout le monde ne peut être aussi bon en interviews que Vincent Malausa (Les Cahiers du Cinéma), par exemple. Mais à un moment donné, faudrait peut-être arrêter les questions du style « si vous étiez jury … » ou « comment faire pour devenir critique », etc. Google est ton ami. Et les Festivals aussi.

Venons-en plus pleinement au contenu du 36e FIFAM, qui touche très prochainement à sa fin (demain remise des prix). Il y a une sensation qui traverse toute la programmation, et pas seulement les films en compétition. Mis à part LE ROI DE COEUR de Philippe De Broca, chaque spectateur s’accorde pour dire que ce Festival a un air déprimant. Est-ce parce que son avenir est flou ? Pas seulement : les films ne sont pas très joyeux, très souvent marqués par le drame, le thriller, la tragédie sociétale, le fantastique troublant, la rédemption politique, etc. Je demande donc à Fabien Onteniente et ses États Généraux de la Comédie de créer un Festival de Films Comiques, histoire de laisser son cerveau de côté durant une semaine. Avec LES BRONZÉS 3 en ouverture de la première édition.

Et si on devenait un peu plus sérieux ? Parce qu’il y a tout de même eu une masterclass de Douglas Trumbull. Tout à tour directeur des effets visuels (je déteste le terme d’effets spéciaux, qui ne veut rien dire) et réalisateur, il ne définit pas son travail par un seul rôle. Issu d’une mère artiste et d’un père ingénieur (comment a t-il fait, ce papa, pour dégoter une femme artiste en étant un geek ? Mystère), Trumbull se définit comme un « artisan » de l’art technique. Quand on lui demande la manière de faire un bon film, l’invité pense que la personne en charge (celle nommée réalisateur/trice) doit connaître tous les rôles autour d’elle : aussi bien les comédiens que les techniciens et autres membres du staff. Parce qu’un film est un tout, alors il est convaincu que l’implication totale est importante pour comprendre l’envie et les besoins des autres. Trumbull n’hésite pas à donner sa propre définition du cinéma à travers cette entrée en matière ; selon lui, le processus de création d’un film doit aboutir à une forme d’illusion (celle du mouvement en priorité). Il a même mentionné Thomas Edison et les frères Lumière. Il parle d’illusion car ce qu’il aime avant tout est que le spectateur puisse s’impliquer dans une immersion. Douglas Trumbull a plusieurs fois fait la référence à LA CONQUETE DE L’OUEST de John Ford en 70mm. Quand on regarde la majorité des films sur lesquels il a travaillé, l’artiste est surtout accentué sur la continuité du mouvement : il s’agit pour lui de trouver la meilleure manière de préserver l’illusion dans un temps donné. Son thème de recherche ne s’éloigne pas de son rôle favori : il préfère largement être réalisateur par rapport à tout le processus de création et les limites à dépasser pour se forger une expérience supplémentaire. En parlant d’expérience, Douglas Trumbull est un fervent artisan de l’immersion : il cherche sans cesse à améliorer le réalisme en conservant la beauté du cinéma grâce au visuel, au son et au mouvement. C’est notamment grâce à Stanley Kubrick et 2001 : A SPACE ODYSSEY qu’il a eu envie d’être réalisateur, tout en pensant que les premiers effets du cinéma (tel Edison, Melies, les années 20, …) étaient les meilleurs. Il a conclu la première partie de la masterclass en définissant ses intentions en une phrase : il a toujours cherché à apporter de l’humanité et une âme à la science-fiction.

Dans la seconde partie de la masterclass, après une pause d’une dizaine de minutes où le fan service s’est fait plaisir en se ruant devant la scène pour une signature, Douglas Trumbull a parlé durant deux heures du travail de création pour BLADE RUNNER. Avec plusieurs extraits et de nombreuses photographies, Trumbull trouve malheureux que le cinéma d’aujourd’hui est trop dépendant du numérique et qu’il ne prend plus le temps de la fabrication maison. Cependant, il a précisé le soucis du mat-painting (beaucoup pratiqué sur BLADE RUNNER avec les miniatures) : les impossibles mouvement de caméra.
Notons, en conclusion, que Douglas Trumbull a son propre studio où il fait depuis plusieurs années des recherches et des tests en 60 fps. Parce que Trumbull aime tellement le cinerama, qu’il aimerait y revenir. Ayant apparemment trouvé une solution concernant le mouvement continu et plus facile à tourner et reproduire, que même Ang Lee (L’ODYSSÉE DE PI, HULK, …) s’est passionné pour ses recherches et s’en est inspiré pour son prochain long-métrage en préparation.

Petite anecdote concernant Douglas Trumbull : j’ai les mêmes initiales. C’est classe. Par contre, ça devient flippant quand je me dis que j’ai aussi les mêmes que Donald Trump.

Sur un goût de potatoes au soja et d’un coca-cola, je vous donne mon Palmarès très personnel sur la compétition long-métrages du FIFAM. Les vrais résultats valables seront dans un prochain article.
Licorne d’Or | Grand Prix du long-métrage : LE TRAIN DE SEL ET DE SUCRE de Licinio Azevedo.
Prix de la Réalisation : LE CIEL FLAMAND de Peter Monsaert.
Prix d’interprétation féminine : Mylène McKay dans NELLY de Anne Émond.
Prix d’interprétation masculine : Wim Willaert dans LE CIEL FLAMAND de Peter Monsaert.
Les prix que j’invente :
Espoir de l’interprétation : Esra Vandenbussche dans LE CIEL FLAMAND de Peter Monsaert.
Prix du Meilleur Scénario : LE TRAIN DE SEL ET DE SUCRE de Licinio Azevedo.
Prix de la Meilleure Photographie : NELLY de Anne Émond.

Sur un air de CHVRCHES que je suis le seul à entendre : A suivre.

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