Écrit et Réalisé par Ettore Scola. Avec Tommaso Lanzotti, Maurizio De Santis, Giacomo Lazotti, Giulio Forges Davanzati, Emiliano De Martino, Ernesto d’Argenio. 96 minutes. Italie. Sortie française le 9 Juillet 2014
« À l’occasion du vingtième anniversaire de la disparition d’il Maestro, Scola réalise un film hommage à Federico Fellini, à son art, sa personnalité. Ettore Scola fait revivre leur rencontre au journal Marc’Aurelio dans les Années 50, leurs amis communs, parmi lesquels Marcello Mastroianni, et surtout le plaisir partagé de faire des films.«
On pourrait se demander de quoi est constitué un bon biopic. La seule solution tient en une seule personne. Celle qui est à la réalisation. Il faut que la personne derrière la caméra soit passionnée par la personnalité qu’elle expose sur grand écran. Toute une vie (CLOCLO de Emilio Siri) ou un instant de vie (MA VIE AVEC LIBERACE de Soderbergh) sont tout autant intéressants. Pour parler de Fellini, Ettore Scola a un avantage. Celui d’avoir été un ami proche d’il Maestro. Ca se ressent dans chaque plan du film. Où le lien entre Fellini et Scola retentit à chaque moment. Rien que par les postures, et avec l’aide du cadre, les acteurs jouant Fellini et Scola (jeunes comme âgés) sont toujours proches. Une proximité qui ne peut faire dériver le film. Peut importe dans quelle temporalité le film se situe, le noyau est constitué de la proximité Fellini-Scola. Et tout l’hommage tourne autour de leurs points communs.
De cette proximité, on tient un point de vue explicite. L’empathie est directe, presque facile. Si bien amenée par l’amitié de Scola envers Fellini. Encore mieux, l’approche a un double visage. Tout d’abord, il y a la glorification de la part d’un ami. Une admiration qui ne dit pas son nom, mais qui se cache sous le voile des points communs. A travers le film, le montage nous fait suivre deux chemins identiques. Fellini et Scola ont commencé au même endroit, et ont finit au même endroit. Mais il ne fallait pas tomber dans l’éloge dogmatique. Scola va plus loin que cela. Dans sa glorification, il sait prendre du recul. Il a cette façon d’épurer les attitudes de ses personnages, qui propulse le doux nom de Fellini vers une force tranquille. La grandeur modeste, qui rend le film plus humain. Pour toucher au mieux l’esprit fellinien.
Scola a volontairement tout préparé pour que l’on pense à Fellini. Le seul problème de son travail, c’est que le film parait trop personnel. Même si l’amour pour les personnages est évident et passionnant, le spectateur n’est que témoin. A aucun moment le spectateur peut participer à cette aventure. Fellini et Scola font leurs chemins, avec quelques révélations de la part de Scola, mais tout en restant dans les anecdotes. Le film pourrait facilement ressembler à ces films souvenirs de vacances. Comme quand, tranquillement dans notre canapé, nous visionnons en famille les images en mouvements de nos vacances. Des souvenirs joyeux, marqués par la tendresse du séjour et la mélancolie de sa fin. Le spectateur ne peut se sentir concerné, au milieu de ces souvenirs gravés dans une seule mémoire : celle de Scola.
Cependant, Scola fait des efforts pour faire entrer le spectateur dans le film. Au montage, il fait une mixture entre les images d’archives et des scènes de reconstitution. Ce qui lui permet de garder une unité dans l’ambiance, dans l’esprit de son film. Les images d’archives font plaisir à notre esprit de cinéphiles. Comme des éléments qui viennent réchauffer notre coeur endeuillé par la disparition de Fellini. Des instants de joie qui refont vivre les meilleurs moments d’il Maestro. Dans sa reconstitution, Scola est plus calme, prend son temps. Les attitudes installent une idée, et le texte la termine. Alternant plans courts et plans séquences, Scola sait que tout dépend de sa mise en scène. Les longs plans d’une discussion en voiture, ou les plans courts d’une discussion autour d’une table. Tout dépend de l’espace. Source des intrigues, l’espace est l’élément de proximité Fellini-Scola, où la reconstitution devient le message universel pour Scola afin de partager ses souvenirs.
La reconstitution, dans sa théorie, fait de ces souvenirs un conte fabuleux pour Scola. Pour que ces souvenirs perdurent dans l’esprit comme l’honneur d’être l’ami de Fellini, il fallait que celui-ci soit (presque) partout. En effet, l’ombre de Fellini sillonne chaque scène / plan de ce film. Mais bon, l’élève Scola ne dépassera jamais le professeur Fellini. Même si Scola fait prend des risques (plusieurs nuances de contrastes et de lumières), le baroque burlesque de Fellini n’a pas d’égal. Pourtant, Scola fera tout pour coller à l’ambiance fellinienne. Il y va à fond sur l’esthétique fantaisiste. Alternant les couleurs et le Noir & Blanc, il atteint des teintes différentes. Le baroque n’est pas très loin, on est plutôt dans le burlesque tendre et appuyé. Telles des cartes postales souvenirs. Cela mixé au Noir & Blanc trahissant le baroque (sauf dans la fascinante scène dans la voiture de Fellini avec la prostituée). Ca le trahit, mais d’une manière positive. Toujours avec des fulgurances burlesques, c’est plutôt la mélancolie qui y en résulte.
Dans ces couleurs et ce Noir & Blanc, Scola arrive même à atteindre une unité lumineuse intéressante. A de multiples reprises, la lumière n’est pas forcément là où l’on attendrait. Un joli contre-pied est proposé à plusieurs occasions. Que ce soit dans les couleurs ou le Noir & Blanc. Ca montre à quel point le cinéaste italien a voulu jouer sur les événements. Une scène banale de discussion entre collègues de rédaction peut passer, en une fraction de secondes, à une scène délirante où le nouveau comprend où il a mis les pieds. Ou quand, lors d’une discussion en voiture, le siège est très éclairé, alors que Fellini et Scola sont dans l’ombre. A noter également la magnifique scène d’ouverture / fermeture (c’est la même !) où l’acteur jouant Fellini âgé est assis sur un fauteuil de cinéaste, porte voix à terre à disposition, sur une plage face à la mer. Une lumière sur Fellini, une plus contrastée sur la mer, et les pleins feux sur les acteurs auditionnant (uniquement dans la scène d’ouverture).
A ceci, il faut y ajouter deux éléments majeurs de l’ambiance fellinienne. Que Scola s’est fait plaisir à reprendre à son compte, même si ce n’est pas encore tout à fait au point. Ca manque de fond, ça manque de portée dans l’esthétique, et ça irrite quelques fois le rythme du film. Je parle ici des créatures felliniennes. Je ne vais pas tous les citer, ils sont amusants à découvrir un à un. Mais voilà, ils sont uniquement amusants. Ils ne sont surtout que des apparitions, tournant autour du noyau Fellini-Scola. Comme des fantômes de l’univers fellinien, qui apparaissent pour décrire l’esprit d’il Maestro. Et ces créatures felliniennes, aussi amusantes soient-elles, font leurs apparitions dans des décors trompeurs. Scola pratique un vrai jeu des décors. Au bout d’un moment, il y a tout ce qu’il faut pour s’y perdre entre les vrais décors et les décors en carton. On y voit le vibrant hommage au fameux studio où tournait Fellini. Car, au fond, Scola se sert de notre joie de cinéphile (devant l’univers et l’ambiance de Fellini) pour mieux raconter ses souvenirs d’avec Federico Fellini.
3.5 / 5