Joe Hill

Écrit et Réalisé par Bo Widerberg
Avec Thommy Berggren, Anja Schmidt, Kelvin Malave, Evert Anderson, Cathy Smith, Hasse Persson, David Moritz, Joel Miller, Robert Feader, Wendy Geyer, Richard Weber.
États-Unis
110 minutes
Sortie le 8 Décembre 1971
Version restaurée le 18 Novembre 2015

1902. Joel et Paul Hillstrom émigrent de Suède vers les Etats-Unis où ils déchantent vite. Joel devient Joe Hill et parcourt les routes comme troubadour. Il se rapproche des militants de l’Industrie Workers of the World. Ses chansons deviennent célèbres et les autorités le font condamner à tort pour meurtre à la suite d’une grève.

Ce film à caractère militantiste social est construit selon un dynamisme, celui du rêve d’ailleurs. Se déroulent sur plusieurs années, le film est une réelle invitation au voyage à l’esthétique très marquée. Son avantage est de rester dans la même ambiance durant toutes les époques énoncées. Parce que le long-métrage prend en effet le parti de la narration débridée, avec un montage épisodique où chaque séquence est montée par des ellipses. Bo Widerberg évite avec soin l’enchaînement brouillon des situations, car elles résonnent les unes avec les autres, tel un écho qui apporterait plusieurs versions du rêve d’ailleurs.

Cet aspect débridé est dû à une quête de la liberté, avec beaucoup d’énergie. Elle se transmet constamment de séquence en séquence, de lieux en lieux, pour provoquer une découverte inlassable de nouvelles possibilités. La dynamique se tient à la fois au montage, qui traite chaque nouvelle séquence / nouvel espace de la même manière, avec une vivacité qui fait toujours croire à la liberté. Thommy Berggren montre constamment une renaissance de ses forces, après plusieurs désillusions.

Le schéma du long-métrage est constitué ainsi, par rapport à un désespoir constant. Ce sont donc toutes ces chutes qui vont alimenter l’énergie de nouvelles chances. Le rêve d’ailleurs se nourrit donc des ellipses, faisant de l’écho le moteur du portrait social. Parce que les ellipses sont les courtes transitions entre le mouvement d’un cycle interminable : celui de la désillusion. Telle une ballade engagée qui ne trouve jamais sa satisfaction parfaite. Parce que le désespoir, la quête de liberté et l’énergie traversent les genres. Bo Widerberg lie le chant de la lutte sociale à un mélodrame rompu. La froideur du récit tient beaucoup à une oppression, le cinéaste ne fait pas de cadeau à son protagoniste, le lâchant toujours dans une fosse aux serpents.

Parce que le portrait social fonctionne sur une esthétique unique : le rêve d’ailleurs ne peut se constituer sans le pillage des environnements. A l’image, Bo Widerberg crée l’austérité des espaces pour mieux renforcer le rêve d’ailleurs. Celui-ci prend aussi sa forme dans le hors-champ, dans l’imaginaire (à la fois des personnages et des spectateurs). Le chant n’est alors qu’un masque, celui qui veut voiler le pillage d’une vie déjà bien difficile (alimentée par le mélodrame, notamment). La dynamique du rêve d’ailleurs est causée par son immatérialité, un sentiment de cauchemar perpétuel.

Malgré cela, le rêve d’ailleurs montre bien trop d’enthousiasme, avec un trop plein de musiques. Quasiment à chaque scène, le film offre une musique dramatique qui souligne la souffrance de l’esthétique austère et agrandit la volonté d’une liberté. Au niveau de l’intrigue, l’arc final est aussi un élément qui plombe le film. L’accusation et le procès est une partie qui arrive bien trop radicalement, telle une conclusion imposée qui est gérée par des normes conventionnelles de traitement. Mis à part quelques instants dans la cellule de prison, cette partie oublie l’esthétique et le rêve d’ailleurs amorcés, pour plonger dans l’héritage bavard et sans âme. Pourtant, que ce soit ce final ou tout le reste du long-métrage, l’ensemble retentit comme une ballade vitale de la liberté en jouant sur l’imaginaire.

4 / 5
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