Adapté du manga de Hiroyuki Ohashi, le film raconte l’histoire de trois lycéens marginaux, qui s’isolent constamment dans une pièce pour s’occuper autrement. Pendant que l’un joue aux fléchettes seul, l’un lit un bouquin et l’autre joue à un jeu vidéo de combat. Suite à un hasard, Kenji décide de créer un groupe de musique avec ses deux amis. Alors qu’ils ne savent pas jouer du tout, le groupe est né. La musique devient le moteur contre l’ennui, ce qui permet d’élever les êtres dans un quotidien bien monotone. Elle permet de leur donner une nouvelle énergie, de leur insuffler une excitation : celle où ils quittent l’isolement marginal de leur vie, pour entrer dans une vibration collective. La passion de la musique permet aux personnages de passer de la nonchalance à l’extravagance, et au film d’explorer deux tons différents : un plutôt posé, et un rythme plus soutenu. Il n’est donc pas anodin de voir que Kenji Iwaisawa intègre de la comédie et de l’ironie dans son adaptation. Déjà dans l’expression des personnages, et leurs visages figés presque passifs. ON GAKU NOTRE ROCK est loin du funky attrayant et de l’action débordante de tout autre animé dont nous avons l’habitude.
Au contraire, ses personnages se caractérisent par leur nonchalance, et le film lui-même se distingue par la durée de ses plans. Kenji Iwaisawa n’hésite jamais à montrer, le plus souvent possible, ses personnages frontalement en croisant leur regard avec le cadre. Un champ / contre-champ très amusant, avec ces visages qui semblent vides de toute réaction et émotion. Jusqu’à même jouer sur la supposée violence des trois personnages principaux, qui restent figés dans un montage qui attend une réaction. Le film joue sur cette ambiguïté, cherchant donc à montrer que ces personnages supposés violents ne sont que des êtres mystérieux et perdus. Jusqu’à ce que la musique révèle leur humanité : alors qu’ils sont décrits violents par d’autres personnages (première scène très drôle), ils réussissent à avoir le trac. Alors qu’ils font trembler leurs camarades lycéens sans rien dire ni bouger, ils tétanisent d’étonnement le public qui les écoute jouer. Malgré ce contraste réussi, Kenji Iwaisawa décide d’apporter une intrigue secondaire. Kenji et ses deux amis ont une rivalité avec des élèves d’un autre lycée, dont l’accoutrement est plutôt drôle également. Toutefois, cette rivalité n’apporte rien d’essentiel au film. Cette intrigue est uniquement explorée par bribes, ne fait pas avancer le récit ni les personnages, crée uniquement des gags, et ne fait que surligner la supposée violence des protagonistes déjà présente (avec les élèves qui tremblent quand Kenji apparaît).
Il y a cependant un autre personnage secondaire qui présente un grand intérêt. La rencontre avec Aya crée une pulsion dans la narration, puis un basculement dans le quotidien des personnages. C’est ce personnage, notamment ses échanges avec les protagonistes, qui permet de faire progresser le récit et de sortir les protagonistes de leur isolement. Rien que la présence d’Aya permet de perturber les espaces, quittant le calme et l’apaisement de l’ennui isolé, pour aller vers quelque chose de plus charmant et électrique. Comme une note de rock’n’roll qui vient casser la sonorité d’un morceau jusque là calme et régulier. Que ce soit la présence d’Aya ou la passion soudaine pour la musique, tous deux modifient l’approche du cadre. D’abord dans un regard fixe et insouciant, il capte petit à petit des émotions mouvementées – comme un élan libérateur qui ouvre les portes des sensations. D’où la durée des plans, qui ne sont pas faits uniquement pour la touche ironique, mais aussi pour saisir ce changement de ton et d’attitude.
Cette rupture n’est pas que dans le cadre, car ON GAKU NOTRE ROCK est un film d’animation qui possède un vrai enchantement dans ses dessins. Tout au long du film, il y a un contraste étonnant et original entre les traits des personnages (leurs corps et leurs expressions) et le décor qui les entoure. Alors que cette différence peut être une source d’ironie à première vue, c’est surtout la marque forte de l’isolement des personnages. Dans de décor très élaboré, qui ressemble beaucoup à des aquarelles lumineuses, les personnages se distinguent par une existence en deux dimensions. Comme si les personnages n’appartiennent pas du tout à cet environnement, qu’ils le traversent avec détachement total. Même la référence à Abbey Road des Beatles est drôle et surprenante à la fois. Dans les couleurs vives et dominantes du décor, les personnages sont une abstraction loufoque. ON GAKU NOTRE ROCK est constamment un hommage à la beauté des petites choses du quotidien, des habitudes anecdotiques, mais avec des personnages aux traits simples et austères. Avec ce décor solaire et la durée des plans en contre-temps, le film instaure l’idée que quelque chose est sur le point de se produire. Au sein de ce décor riche et sensible, il y a l’idée que quelque chose va se réveiller d’en-dessous la surface des traits austères. La musique et les rencontres sont la catharsis, le pouvoir de caractère et l’épiphanie des personnages.
ON GAKU : NOTRE ROCK ; Écrit et Réalisé par Kenji Iwaisawa ; D’après le manga de Hiroyuki Ohashi ; Japon ; 1h11 ; Distribué par Eurozoom ; Sortie le 19 Mai 2021