Six films qui pourraient bien enterrer la polémique #OscarsSoWhite

2016 n’a pas été l’année la plus diverse du cinéma. La cérémonie des Oscars de cette année en a été la triste preuve avec, pour la troisième année consécutive aucun artiste de couleur nominé dans aucune des quatre catégories récompensant les meilleurs rôles de l’année. Un véritable affront condamné unanimement par la presse mondiale, y compris par de nombreux grands noms à Hollywood tels que Will Smith, Spike Lee, Jada Pinkett-Smith, Chris Rock (malgré qu’il eut présenté la cérémonie cette année), Halle Berry, Jesse Williams et la liste est encore longue. Cette offensive de dénonciation a donné naissance à un mouvement grandissant sur les réseaux sociaux : les #OscarsSoWhite

Etant moi-même une personne jugeant que la performance d’un acteur est récompensée par son talent et non son sexe et encore moins sa couleur de peau ou son orientation sexuelle, j’ai été fort étonné du manque d’inclusion pour la troisième année de suite d’acteurs de couleur malgré la présence à la présidence de l’Académie des Arts et des Sciences (Oscars) de Cheryl Boone-Isaacs, elle-même afro-américaine, qui s’est dite « effondrée » par l’ostracisme dont les acteurs Noirs estiment avoir été une nouvelle fois les victimes. Effondrée, certes. Inactive, oui.

Il y a eu des raisons valides à cette déception de masse : depuis sa création en 1929, l’Académie a récompensé, et je ne cite que les catégories d’acting, 11 acteurs de couleur, ce qui est bien maigre :

• Hattie McDaniel, qui en 1940, devint l’artiste noire pionnière de l’inclusion afro-américaine, en remportant l’Oscar du Meilleur Second Rôle féminin pour le classique Autant En Emporte Le Vent. Elle fut la première noire a remporter un prix de cinéma dans une Amérique encore déchirée par la ségrégation raciale. Il faudra cependant attendre 1990 pour voir une deuxième actrice noire gagner cette récompense et ce sera Whoopi Goldberg pour son mémorable rôle dans Ghost. Depuis, Jennifer Hudson gagna en 2006 pour Dreamgirls, Mo’Nique pour Precious en 2009, Octavia Spencer en 2012 pour La Couleur Des Sentiments et Lupita Nyong’o en 2013 pour 12 Years A Slave.

• Sir Sidney Poitier, pour son magnifique tour dans Le Lys Des Champs en 1963, fut le premier acteur noir à gagner l’Oscar du Meilleur Acteur. En 2001, année où il remporta un Oscar d’Honneur pour l’ensemble de sa carrière, Denzel Washington gagna sa seconde statuette (il avait gagné pour Meilleur Second Rôle masculin en 1988 pour Glory) pour le thriller policier Training Day, pour son rôle principal du flic tenace Alonzo Harris. Le troisième acteur fut Jamie Foxx en 2005 pour Ray (il fut cette année nominé pour son second rôle dans Collateral, faisant de lui un des rares artistes à être nominé dans deux catégories distinctes) et le dernier à avoir reçu cette distinction fut Forest Whitaker en 2006 pour le terrifiant Le Dernier Roi D’Ecosse. Depuis, plus aucun acteur noir n’a jamais gagné dans cette catégorie.

• Halle Berry fut la première et unique actrice de couleur à ce jour à avoir remporté l’Oscar de la Meilleure Actrice en 2001 pour A L’Ombre De La Haine.

• Dans la catégorie meilleur second rôle masculin, Louis Gossett Jr a été le premier acteur de couleur à sortir vainqueur dans cette catégorie en 1983. Depuis sa victoire inaugurale, il y’a eu Denzel Washington en 1988, Cuba Gooding Jr en 1998 et en dernier lieu Morgan Freeman en 2005.

Ce maigre pourcentage a été férocement pointé du doigt par toute la profession. Cependant, la diversité du nouveau jury des Oscars ainsi que le lancement des derniers festivals que Cannes, Telluride et Toronto ont permis de mettre en avant des auteurs extraordinaires, six films mettant en scène d’épiques histoires et des acteurs se présentant d’ores et déjà comme de possibles frontrunners pour la prochaine saison des récompenses et des Oscars. Voici la liste de six films a grandement surveiller et à voir afin de faire oublier la polémique du manque d’ébène dans une neige ayant duré 2 ans :

1) Moonlight, de Barry Jenkins

Ce Boyhood à l’afro-américaine au scénario hors-normes, celui de la vie retracée de son enfance à l’âge adulte d’un afro-américain des bas-fonds et du ghetto, en lutte constante avec sa sexualité refoulée et son passé, a été salué sans équivoque par la critique mondiale. Cette fiction prévue pour le mois d’octobre dans les cinémas américains ayant bénéficié d’une note rare de 100% sur les sites Metacritic et Rotten Tomatoes et déjà considéré comme le meilleur film de 2016 comme les succès décorés Room en 2015 et Whiplash en 2014, est un drame sur la difficulté d’accepter les différentes sexualités dans la communauté noire. Décrit comme une « magnifique œuvre », et mettant en scène trois acteurs dans les trois stages de la vie du héros, Chiron (Alex Hibbert, Ashton Sanders et l’ex-athlète Trevante Rhodes), ce croisement hybride entre Boyhood, Brokeback Mountain et Boys Don’t Cry est d’avance prévu comme un sérieux challenger pour
les catégories Meilleur Film, Meilleur Acteur (spécialement pour Trevante Rhodes) et plausiblement Meilleur Second Rôle féminin avec Naomie Harris (Eve Moneypenny de Spectre, déchirante en mère héroïnomane qui n’est pas sans rappeler la terrifiante Mary Johnston de Precious, le rôle pour lequel Mo’Nique a gagné un Oscar en 2010). Une bien belle amorcée qui promet de faire parler en France et dans le monde.

2) The Birth Of A Nation, de Nate Parker

En dépit de la controverse autour des accusations d’agression sexuelle contre le réalisateur Nate Parker, pour lesquelles il a été néanmoins acquitté en 1999, et le malheureux suicide de la présumée victime en 2012, le drame historique prévu pour le 7 octobre aux Etats-Unis a bénéficié de standing ovations lors de sa présentation au festival de Toronto. Cette épopée située aux temps de l’esclavage, sonnant particulièrement bien vu le contexte de la brutalité policière envers la communauté afro-américaine et le mouvement Black Lives Matter, a bénéficié d’un retour critique enthousiasmant avec une note de 84% sur Rotten Tomatoes, et d’une vive comparaison avec le double vainqueur aux Oscars, 12 Years A Slave. Vu comme un drame montrant avec complexité et réalisme l’horreur et les affres de l’esclavagisme des masses, le film de Parker est certes en danger de passer indifférent auprès de l’Académie.

Cependant, il est important de souligner que les Oscars ont récompensé des artistes malheureusement connus pour leurs faits supposés pour certains (Woody Allen, par sa fille adoptive, ce qui ne fut jamais prouvé et qui, en dépit de ses accusations régulièrement dénoncées dans les médias par son fils Ronan Farrow, a gagné 4 Oscars au cours de sa carrière entre 1978 et 2011 et certaines de ses actrices en ont remporté un en travaillant avec lui dont Diane Keaton, Cate Blanchett et Penelope Cruz) et confirmés pour d’autres (les charges de viol sur mineur et agressions sexuelles contre Roman Polanski, le réalisateur oscarisé pour Le Pianiste), le cas de Nate Parker en cas de rejet par l’académie serait une triste démonstration du white privilege et cela reviendrait à écarter un travail possiblement partant pour Meilleur Film, Meilleur Scénario et à mon avis Meilleur Second Rôle féminin pour Gabrielle Union. A voir. Mais un film à suivre indubitablement.

3) The Queen Of Katwe de Mira Nair

Mira Nair. Je dois à Mira Nair d’avoir presque ruiné la carrière de mon actrice préférée, la double oscarisée Hilary Swank (souvenez-vous de Million Dollar Baby) avec son piètre biopic Amelia en 2008. Mais, je lui dois cette année, une chose : avoir permis de revoir Lupita Nyong’o physiquement à l’écran et ça faisait très longtemps depuis son breakout dans 12 Years Of Slave et Non-Stop. Mis à part la voix d’un personnage dans Star Wars : le réveil de la Force et la pièce de théâtre Eclipsed, Nyong’o s’était faite très rare sur nos écrans. La prodige kényane est à l’affiche du drame de la réalisatrice indienne, qui dépeint aux travers d’une famille traditionnelle, la rudesse de la vie en Ouganda, ou Nyong’o joue le rôle d’une mère autoritaire aux côtés de David Oyelowo (Selma) et de Madina Nalwenga, héroïne de ce drame sportif ou une gamine des villages se découvre un talent pour les échecs.

A la manière d’un Slumdog Millionaire africain, le film de Nair a été vivement reçu lors de sa projection au festival de Toronto et pourrait, en plus d’assurer à Lupita Nyong’o un retour triomphant sur nos écrans, une nomination pour Meilleur Second Rôle féminin et probablement d’autres nominations. Sortie encore non prévue en France.

4) A United Kingdom d’Amma Asante

Histoire d’amour basée dans une Angleterre d’après-guerre, la réalisation d’Amma Asante met en scène la véritable histoire d’un couple interracial, Seretse Khama (joué par David Oyelowo, on va beaucoup le voir lors de la saison des récompenses, j’en suis sûr) et Ruth Williams (enfin, le retour de la Gone Girl Rosamund Pike) et les tribulations de leur mariage majoritairement rejeté de par l’union de races supposés s’opposer culturellement et socialement. Une histoire que l’opinion publique, outragée, cherchera à anéantir par tous les moyens. Le film d’Asante a été reconnu par les performances d’Oyelowo et Pike, convaincants et dégoulinants de poignance à l’en voir les bandes-annonces, et la beauté de son scénario (un couple interracial cherchant à dérailler par leur seul amour les codes de l’Empire Britannique et de l’apartheid botswanais). Le travail d’Asante se présente comme une nouvelle opportunité de reconnaissance pour Pike, nominée pour l’Oscar de la Meilleure Actrice en 2015 pour son tour effrayant dans Gone Girl, et une première pour Oyelowo, salué pour son travail passé dans Selma mais cruellement snobé par l’Académie dans la catégorie Meilleur Acteur. A surveiller.

5) Hidden Figures, de Theodore Melfi

En France, le public a découvert Taraji P.Henson sur le tard grâce à la série dramatique sur fond de hip-hop Empire où elle campe l’impitoyable matriarche Cookie Lyon et dans la série policière Person Of Interest. Pourtant, elle avait pris du galon à Hollywood grâce à une nomination aux Oscars dans L’Etrange Histoire De Benjamin Button de David Fincher en 2008. Ici, dans le biopic de Theodore Melfi, que l’on aura sans doute l’occasion de voir dans les UGC en 2017, Henson troque les fourrures outrancières de Cookie Lyon pour les tailleurs conservateurs de Katherine Coleman-Johnson, une des premières mathématiciennes et astrophysiciennes de couleur à avoir mené des travaux pour la NASA et une des principales commanditaires de la mission Apollo 11 et du projet Mercury, qui ont permis l’envoi dans l’espace du premier astronaute afro-américain de l’histoire dans les années 70.

Le site IndieWire, qui tous les ans, détermine à l’avance la liste des présumés nominés, a soumis une éventuelle candidature d’Henson dans la catégorie Meilleure Actrice, ce qui ne serait que justice, onze ans après avoir été snobée pour son rôle dans le drame musical de 2006, Hustle & Flow, où son partenaire dans Empire, Terrence Howard, avait bénéficié d’une nomination pour Meilleur Acteur. Avec un casting 5 étoiles garni par des gagnants tels qu’Octavia Spencer et Kevin Costner et une histoire convaincante et appréciée par les critères de l’Académie, ce film peut espérer s’assurer déjà une place éventuelle dans les possibles nominations.

6) Loving de Jeff Nichols

Une ovation au festival de Cannes est bonne augure de succès lors de la saison des prix. Et l’histoire vraie du couple Mildred Jeter-Loving et Richard Loving, couple interracial qui se maria en pleine période de ségrégation raciale aux Etats-Unis au grand dam de la population et des lois de l’état de Virginie, a eu droit à un salut unanime du public et de la critique professionnelle (92% sur Rotten Tomatoes) et déjà nommé par la presse internationale comme challenger aux Oscars grâce aux performances de Joel Edgerton et Ruth Negga, qui, au vu de leurs interprétations du célèbre couple emprisonné pour leur union et ayant combattu pour faire changer les lois sur le mariage interracial en Amérique (l’affaire Loving Vs.Virginia), pourraient devenir le septième duo d’acteurs de l’histoire à être nominés et vainqueurs pour respectivement l’Oscar du Meilleur Acteur pour Edgerton et Meilleure Actrice pour Negga et le premier du 21ème siècle : la dernière fois que deux acteurs eurent gagné les deux Oscars pour Meilleur Acteur et Meilleure Actrice fut en 1998 ou Jack Nicholson et Helen Hunt raflèrent la mise pour Pour Le Pire et Pour Le Meilleur. Il est connu que les biopics et drames historiques sont rarement voire jamais ignorés lors des grandes cérémonies et d’après l’accueil critique et du public, Loving a déjà sa place de choix dans la conversation et mérite toute forme d’attention.

Après plusieurs années de disette concernant le manque d’acteurs afro-américains, ces six films ont le pouvoir de changer la donne de manière considérable, voire historique. Peu importe ce qui se passe, 2017 promet, grâce à ces œuvres d’offrir de grands moments dans nos Dolby Theaters. A suivre et de très près.

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