Après The Queen, Stephen Frears s’attaque à la petite … reine ! Et pas à n’importe lequel de ses sujets, le plus emblématique, le plus fascinant, à la fois charismatique et antipathique, Lance Armstrong dont le règne sur le tour de France aura duré sans partage de 1999 à 2005. Sauf qu’il y avait un loup et ce que tout le monde suspectait a été confirmé quelques années plus tard, cette success story si typiquement américaine était trop belle. Oui, l’homme qui avait vaincu un cancer des testicules s’était sciemment dopé pour gagner. Malgré avoir frôlé la mort, son besoin de victoires et de reconnaissance était trop fort pour ne pas accepter de remettre sa vie en jeu en s’injectant EPO, hormone de croissance, cortisone ou autres joyeuses substances avec l’aide d’un Docteur Frankenstein italien, le sulfureux Michele Ferrari (que Guillaume Canet incarne avec une certaine jubilation et un faux accent italien, risible lors de sa première apparition à l’écran, plus convaincant ensuite).
Cette histoire, tout le monde la connait jusqu’à son dénouement tragi-comique et les larmes rédemptrices et savamment orchestrées du « champion » déchu sur le canapé d’Oprah Winfrey. Qu’allait donc pouvoir y injecter (sans mauvais jeu de mot) l’expérimenté réalisateur anglais pour transformer ce destin bigger than life en biopic passionnant ? La réponse est hélas digne d’un coureur victime de fringale : pas grand-chose. Le film ne fait que décrire, il ne transcende jamais son sujet, alignant les faits les uns après les autres, scène après scène, sans suspense et pire sans réelle profondeur psychologique – ni pour son personnage principal ni pour ceux qui gravitent autour de lui, tous traités avec un schématisme trop primaire. Alors que Lance Armstrong est une figure à priori tellement cinématographique et malgré une interprétation habitée du trop rare Ben Foster (qui est allé jusqu’à se doper pour mieux entrer dans la peau de son personnage), il reste désespérément sans relief. Un comble pour un type qui montait l’Alpe d’Huez plus vite que son ombre.
Adapté de l’enquête à charge Sept péchés capitaux : ma poursuite de Lance Armstrong du journaliste anglais David Walsh (l’autre personnage principal du film, chevalier blanc qui n’a jamais cru en l’innocence du cycliste américain et joué ici par le sympathique Chris O’Dowd), le film souffre en fait de son mode même de production. Comme l’explique Tim Bevan, un des producteurs du film, plusieurs studios étaient intéressés par le projet (et pour cause) et il fallait donc que The Program soit le premier sur la ligne d’arrivée. Résultat ? Un film qui sprinte en ligne droite, sans aspérités, qui ne fait que mettre en image assez platement la page Wikipedia de cette affaire. Même les images de courses font cheap.
Si vous voulez un vrai bon film sur le cyclimse, attendez-plutôt l’excellent La Petite Reine disponible en e-cinéma à partir du 1er octobre, un thriller psychologique réussi et trépidant adapté de l’histoire de Geneviève Jeanson, une Lance Armstrong canadienne au féminin.
1.5 / 5Il y a 8 autres articles à lire.