The Smell of Us

Écrit et Réalisé par Larry Clark. Avec Lukas Ionesco, Diane Rouxel, Théo Cholbi, Hugo Behar-Thinieres, Rayan Ben Yaiche, Adrien Binh Doan, Dominique Frot, Maxime Terin. France. 90 minutes. Sortie le 14 Janvier 2015.

Le nouveau film de Larry Clark, tourné à Paris et en langue française, a des airs d’oeuvre ultime. Le plus satisfaisant, c’est l’impression de retour au début de son oeuvre. THE SMELL OF US est tel un film somme, qui offre un panorama sur les approches adoptées par le cinéaste. Ce film combine à la fois la sauvagerie de la jeunesse (constante dans la filmographie de Clark), sa brutalité (KIDS, BULLY, ANOTHER DAY IN PARADISE), et la frontalité (BULLY, KEN PARK, MARFA GIRL). Des corps toujours en mouvement, mais dans une agressivité pointue dès les premières scènes – quand Clark rampe à terre et que les jeunes font du skateboard au-dessus de lui. La frontalité se traduit par des plans souvent rapprochés, dans une volonté d’hyper-réalisme. Tout comme la sauvagerie, qui retrouve son rapport aux corps.

Car les enfants terribles de Larry Clark ont de forts tempéraments. C’est là que le film cadre des corps qui s’abîment. Le sexe n’est aucunement dans la provocation, THE SMELL OF US est loin du traitement décevant MARFA GIRL (où le propos est trop épuré face à la mise en scène surchargée). Quand il y a les travellings lents sur les corps des adolescents, le film pose un regard tendre et presque illusoire. Etre jeune, dans ce film, c’est perdre la notion de beauté sensorielle. Leurs corps sont maintenant au service d’un regard plus pervers qu’il n’y parait. Pas celui du cinéaste, du spectateur ou du film. Mais de la part des jeunes personnages sur eux-mêmes. Mettre sa chair dans un défi continuellement renouvelé, au profit d’une idée de la satisfaction.

Une réussite qui n’est pas physique, car c’est le corps qui devient le substitut du bien-être psychologique (voire moral, à quelques moments : mais ceci est vite contredit). Le film peut se voir comme une épopée du corps, dans une recherche de sa mise à l’épreuve. De là en résulte une sorte d’errance infinie, où les espaces n’ont plus tellement leur importance. Les pieds collés sur une planche qui roule, représente la sensation d’envolée voulue. Ce que cherchent ces jeunes, c’est l’émancipation, le décollage dans l’autonomie, etc. Et l’errance permet d’observer et d’essayer plusieurs manières (imagées par les lieux : les chambres d’hôtels, la rue, …) d’accéder à la satisfaction personnelle.

Avec ces allers et venues incessantes, dans la quête du sentiment de réussite, le film propose une lecture de la jeunesse. Autre argument qui témoigne d’une impression de film somme : ce regard fatigué porté sur la jeunesse. Parce qu’en réunissant la sauvagerie, la brutalité et la frontalité en même temps que le rapport au corps s’abîmant, Larry Clark témoigne d’un regard revenant aussi au début de son oeuvre. Comme si le temps passe, sans que rien n’ait changé pour ces adolescents. L’univers du cinéaste a connu certains chemins différents (BULLY et KEN PARK bien distants de KIDS et MARFA GIRL). THE SMELL OF US témoigne d’une jeunesse qui se brûle et qui vit dans ces flammes du danger : voire comment le découpage, puis le montage, morcellent les corps pour en causer une chirurgie dangereuse.

Pourtant, il existe une forme de passivité dans ce découpage. Le rythme insufflé par le montage permet de casser une contemplation qui a tendance à se dessiner. Avec, à chaque séquence, des débuts de sensorialité, le film doit trouver le moyen de dynamiser ses corps. Parce que même des corps assis ou allongés deviennent tragiques et sauvages. Cela fonctionne évidemment par des attitudes (les comportements des acteurs de THE SMELL OF US peuvent refaire penser à ceux de KIDS ou de ANOTHER DAY IN PARADISE), mais également par une idée de plusieurs types de vidéos. Dans l’intrigue, il y a toujours un jeune qui filme ses amis avec soit une caméra soit un téléphone portable. Pour poursuivre sur le regard fatigué porté sur la jeunesse, ces moyens de captation sont des souvenirs d’instants vécus. Avec les corps qui s’abîment et le temps qui passe, il est important de garder une trace de la fougue et de l’exaltation de l’adolescence.

Le soucis avec ces captations en forme de souvenirs d’instants, c’est que le montage final devient une abstraction. Déjà, le scénario n’offre pas de dynamique – merci le montage, et notamment le morcellement des corps. Parce que le fond n’a qu’à offrir une répétition des mouvements. L’errance est certes subtile et pertinente, mais elle est trop étirée dans de multiples scènes. Ensuite, les différents de vidéos arrivent trop soudainement. Même si la captation d’instants vécus est utile, leur montage est aléatoire. Même en rythmant le film, elles n’apportent aucun intérêt au regard porté sur la jeunesse. Car il s’agit d’un traitement interne, et non d’une approche de la part de Larry Clark. L’abstraction permet, au moins, le développement d’une idée : le déréglement entre les générations. Là où le punk s’oppose au bourgeois, là où la sauvagerie lutte face au fatalisme (ou la vanité) de la fin de vie. Mais ce n’est pas assez creusé pour vraiment porter un argument fort dans le film.

4 / 5
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