Avec Delta Kream les Black Keys conquièrent le blues (from Nashville)

Avec Delta Kream les Black Keys conquièrent le blues (from Nashville)

On les oublierait un peu vite, les Black Keys. Si le duo Dan Auerbach et Patrick Carney a tendance à avancer sans trop de bruit (malgré un succès mondial indéniable), c’est se tromper sur leur capacité de travail énorme depuis plus de 20 ans. Avec 10 albums en deux décennies, sans compter les nombreuses collaborations (Blakroc…), coproductions ou albums solo : qui dit mieux ? Peut-être leur concurrent direct Jack White qui n’est jamais très loin…

Plongée au fond du bayou

Les voir revenir en 2021 avec leur 10e opus, Delta Kream, ça n’est pas vraiment une surprise. On imagine aisément que, nichés dans leur studio Easy Eye Sound de Nashville, l’année en quarantaine a pu faciliter la création en petit comité. Si on les savait constant, on y voit une belle évolution blues à travers 11 titres savamment équilibrés de reprises blues. Sans rien perdre à leur rythme (de batterie), les Black Keys se sont calmés. Oui, on entend moins de rock pur dans Delta Kream. Mais on ne l’ignore pas. En se tournant vers les origines d’une musique américaine plus ancienne, les Black Keys semblent en phase avec leur musique. Delta Kream, c’est un album qui sent l’Amérique profonde, les rives du Mississipi proches. Emmené par la voix claire d’Auerbach et les apports guitare/basse de musiciens reconnus tels que Kenny Brown ou Eric Deaton, les Black Keys version 2021 c’est du blues qui va à l’essentiel.

On retiendra l’ouverture très Mississippi sur Crawling Kingsnake, titre phare qui donne envie de traverser les bayous de Louisiane pour prendre l’air, mais aussi Going Down South ou Do The Romp où ils avancent clairement sur de nouveaux territoires. Mais l’envie d’innover ne les empêche toutefois pas de s’offrir quelques retours plus rock (Coal Black Mattie…). Chassez le naturel, il revient au galop. C’est un portrait d’une Amérique de fond qui se dessine. Celle loin des villes et des unes de journaux, plus proche d’une réalité âpre et dépouillée.

Les métamorphoses de l’Amérique

Loin d’être étonnant, ce retour aux sources marque surtout une belle évolution après deux albums rock dans l’ombre du méga hit El Camino (2011). Oui, les années 2010 auront été moins marquantes pour eux (Turn blue, Let’s rock…). En délivrant le quota nécessaire de titres, et des tournées évidemment très solides, ils sont pourtant toujours là. Et si leur arsenal rock garage déjà prêt à conquérir les foules, les Black Keys s’offraient en réalité une variation bienvenue… Pour mieux ouvrir une troisième décennie plus étonnante ?

4 / 5