Quel plaisir de retrouver Devonté Hynes, six ans — six longues années — après Angel’s Pulse. Pour le reste, on a arrêté de compter : compter les styles musicaux maîtrisés, compter les collaborations prestigieuses, compter les arrangements, compter les références. La richesse de Blood Orange semble infinie, et Essex Honey en est une nouvelle démonstration.
Les 14 morceaux qui composent l’album forment à nouveau un kaleidoscope dans la digne succession de ses précédents disques. Et même si on peut parfois les mélanger, chaque titre possède bien son propre morceau de l’histoire personnelle de l’artiste : son passé, sa jeunesse, son deuil, les principaux thèmes abordés par l’album.
D’une manière générale Essex Honey est un exercice de pop-r’n’b onirique, si vous aimez vous rattacher à des étiquettes. Mais Dev Hynes aime brouiller les pistes au fil de ses changements de rythme. Le voici tantôt rappelant un saxophone, tantôt un piano, tantôt une boîte à rythme pour renforcer ses propres envolées vocales. Convoquant des fantômes (Elliott Smith et son poignant “Everything means nothing to me” sur Mind Loaded) ou la bien réelle Caroline Polachek sur plusieurs titres, l’album glisse doucement sur ses 46 minutes sans provoquer de sursaut. C’est peut-être le seul reproche qu’on pourra lui faire avec un peu de mauvaise foi, Blood Orange nous ayant habitué à des ruptures parfois brutales par le passé. Ici on reste modéré dans les coups d’accélérateur, qu’il s’agisse du final jazzy (magnifique) de Thinking Clean, ou de la cadence roulante de The Train (King’s Cross).
Il faudra plusieurs écoutes pour saisir toutes les subtilités d’Essex Honey et peut-être même une installation sonore encore plus qualitative qu’habituellement. Il y a pire, comme contrainte.