Dans un XIIe siècle av. J.-C. mythologique, dix ans après la fin de la Guerre de Troie, Ulysse, roi de l’île d’Ithaque, n’est toujours pas rentré parmi les siens. Seuls les membres et serviteurs de la maisonnée d’Ulysse persistent à le croire encore en vie : Pénélope, sa fidèle épouse, son fils Télémaque, Laërte le vieux père d’Ulysse et des fidèles, principalement Mentor, précepteur de Télémaque. Les parents et fidèles d’Ulysse se battent pour maintenir l’ordre sur l’île fragilisée et envahie par les prétendants de Pénélope, qui comptent forcer la reine à se remarier et ainsi à désigner un nouveau roi. Pénélope se demande si elle doit renoncer à Ulysse pour le bien d’Ithaque. Télémaque lui, subit les brimades des prétendants et peine à s’affirmer comme un vrai guerrier. »
C’est une chose de vouloir faire une série historique, c’en est une autre de ne pas y mettre les moyens. Le budget, pour l’intégralité des épisodes de la saison, relève environ de celui pour le premier épisode de la série Rome. C’est dire la pauvreté derrière la série. C’est le gros point noir de la série. Les décors et le matériel sont tellement médiocres, qu’on a du mal à se laisser porter dans l’Histoire. On a le droit ici à une série historique, mais avec des décors en carton. Filmé dans un studio (ça se voit dès le début), la série ose les décors en toc et la pauvreté des couleurs.
En effet, on ne peut pas dire que ça soit très coloré. Nous sommes quand même dans une mythologie. Mais non, c’est sombre et les lumières sont horribles. Vraiment, la mise en scène a été totalement négligée. Au profit de quoi ? Du fond de la série. Série concept, puisque on choisit de ne pas faire comme tout le monde. Alors que les autres projets parlaient de l’épopée d’Ulysse, la série parle de la famille d’Ulysse pendant que celui-ci est absent. Voilà un pitch intéressant. Et la série a eu la bonne idée de réécrire un peu l’Histoire. C’est en cela que la série peut être captivante.
Même si la laideur des décors fait tâche à l’écran, on se laisse porter par l’histoire qu’on veut nous conter. Il est intéressant de suivre cette version de l’Histoire. On nous offre un bon petit drama, sympathique mais pas énorme. Même si quelques intrigues sont vues et revues dans d’autre dramas ou soap, la série reste assez intéressante. Parfois, on sent que le temps passe lentement. En effet, sur certains épisodes, il n’y a pas grand chose à dire. On ne veut pas en dire ou en faire trop d’un coup, alors on fait traîner les situations. Sur douze épisodes, on a quand même deux intrigues divisées.
Bien que sympathique vis-à-vis de la version de l’Histoire, il reste un goût amer de ne voir aucun lien entre les deux intrigues. Dès qu’Ulysse revient, on passe à autre chose. Pénélope, qui était jusque là le personnage le plus prenant, passe derrière Ulysse. Un Ulysse trop monotone dans sa personnalité et qui n’apportera pas grand chose à l’intrigue générale. On devra surtout compter sur les personnages secondaires, bien plus intéressants. Même si les prestations sont largement à revoir.
Caterina Murino est magnifique est très juste. Son air tragique prend tout son effet et devient le personnage le plus intéressant. Par contre, on sait bien que Télémaque est (presque) un raté, qu’il n’est pas à la hauteur, mais Niels Schneider n’a aucun charisme. On croirait voir un petit chiot se débattre avec sa queue pour devenir un bulldog. Concernant Alessio Boni, jouant Ulysse, il est autant monotone que son personnage. C’est dire la difficulté de son travail d’acteur. Acteur à signaler, c’est Bruno Todeschi. Excellent dans son rôle de bon camarade qui devient rival. Il se retrouve être un ennemi que l’on aime détester. L’acteur arrive à provoquer un attachement pour son personnage.
Quand aux autres, tel que Joseph Malerbe, Salim Kechiouche, Augustin Legrand, Carlo Brandt et Karina Testa souffrent de leurs dialogues. Les personnages cités précédemment avaient d’assez bon dialogues pour pouvoir s’en sortir. Mais concernant ceux que je viens de citer, leurs dialogues frôlent le ridicule. Je dis frôler car des fois, il y a eu des efforts de fait, Le problème avec les dialogues et les acteurs, c’est que la mise en scène est très théâtralisé. Du coup, la réalisation s’approche du néant, des images sans fond, où le seul but est de filmer les acteurs en train de jouer (à noter leurs costumes, où on croirait des rideaux posés sur leurs corps).
Ce qui est surtout plaisant dans cette série, c’est la première partie. On se passe vite de la seconde (celle où Ulysse est revenu). La première partie fonctionne comme un huis-clos intimiste alléchant. Chaque personnage aura à se révéler, et les tensions vont apparaitre à cause des désirs différents de chacun. Un récit politique, mal mis en scène et assez mal joué certes, mais fort ambitieux. Et c’est un avantage. Par contre, la seconde partie n’est qu’une guerre. Guerre civile et guerre contre les rivaux, pour être exact. Deux guerres en une, mais la guerre est le noyau de cette seconde intrigue. A tel point que les personnages perdent de leur valeur, manque d’épaisseurs, et souffre d’un classicisme trop accentué dans la narration.
Finalement, Odysseus est une série à l’ambition et au ton inégaux. Le pitch est intéressant, le concept est sympathique, les intrigues sont suivies avec un petit intérêt. Mais on sent la série qui se cherche. Ne sachant jamais quel est le bon ton, quelle est la bonne ambiance à prendre. Du coup, la série part chercher les ingrédients obligés des dramas et autres soap habituels. Et on brode autour de tout ceci le récit historique que l’on souhaite. Mais voilà, la série souffre de ses faibles moyens : direction d’acteurs théâtralisée, décors en carton pâte, pas mal de dialogues navrants, et une longueur pesante. On retiendra la première moitié de la série, récit politique en huis-clos où les personnages sont au centre. Pas comme la seconde moitié, où les personnages perdent en valeur, au profit d’une bête guerre.
2.5 / 5