La Chasse au Snark

Ce film a été présenté au Festival du Réel 2013, festival de films documentaire se déroulant à Paris. François-Xavier Drouet est parti un an en Belgique. Plus précisément à La Louvière, dans le centre nommé le Snark. Ce centre, en auto-gestion, accueille une trentaine d’adolescents inadaptés au système scolaire classique. Cette école fonctionne sur le principe de la thérapie. Mais le cinéaste a choisi de prendre un axe bien précis pour filmer ce lieu : la relation humaine.

Celle qui s’est instaurée entre les adultes (qui encadrent les jeunes) et les adolescents, qui sont là pour soigner un problème. Celui du trouble du comportement. Mais attention, le centre est loin de prendre l’option de la répression. La relation adultes/jeunes se base principalement sur la confiance. Ainsi, les discussions fonctionnent mieux, la communication est plus facile, et les jeunes sont libres de fuir sans que les adultes ne leur courent après.

Le cinéaste a affirmé avoir passé une semaine par mois, durant toute une année scolaire, au Snark. A la fin, il a obtenu plus de 200 heures de rushes. Pour en arriver à 100 minutes de film. Ce qui parait donc tout aussi évident à l’écran, c’est que le cinéaste français a dû faire des choix sur les adolescents. De ce fait, il n’en a gardé qu’environ cinq au montage. Mais nous suivons principalement Angèle, Louis et Sullivan. Ce qui permet un meilleur contrôle du récit et du rythme.

Cette critique n’est pas faite pour débattre sur la personnalité des adolescents. Mais ce que l’on peut dire, c’est qu’ils ne sont réellement pas fous. Là où certains reportages télévisés montreront des jeunes sans avenir, des jeunes dangereux, … le film de François-Xavier Drouet les montre dans un état plus complexe. Car, en effet, ils sont aussi humains. Loin d’être de petits monstres, ils sont des personnes attachantes, seulement en pleine souffrance (l’absence d’un père, par exemple).

Ce film ne se présentera jamais comme une porte de sortie. La caméra n’essaiera jamais de se cacher, comme le fait malheureusement Raymond Depardon. La caméra existe, il serait idiot de ne pas la considérer. Et cette caméra est là pour capter la complexité des adolescents. On sent bien qu’ils sont dans leur élément, et que s’il seraient lâchés à l’extérieur, ils seraient à nouveau perdus. Cette école, avec ces adultes et leurs méthodes, se présente comme une chance d’avancer puis de réussir.

Evidemment, il fallait tenir sur un long-métrage. Pari réussi. Avec environ cinq jeunes sur lesquels le film se concentre, il y a le temps de les voir avancer, chuter puis se ressaisir. Leur souffrance est un combat du quotidien. Et bien au-delà du puzzle qu’ils forment, il y a une vérité et une affirmation de soi fascinantes. Il suffit de regarder les trois plans de médiations entre le cinéaste et l’un des adolescents. Sur les trois médiations, un jeune se confie (en tête à tête) au cinéaste. Comme si François-Xavier Drouet représentait une ouverture sur la société extérieure, comme une libération possible où l’évolution et le changement prennent forme. On regrettera ne pas avoir eu le droit à des médiations supplémentaires.

Avec ces médiations et l’axe de la relation de confiance, on sent la volonté de faire un film humain. Les adolescents sont les vrais porteurs du film. Il faut pour cela se souvenir de la scène d’ouverture, la scène de la fenêtre, et la scène finale. De grands moments de sincérité et de partages, qui font du bien au cinéma. Un film à l’effet d’une bouffée d’air frais, qui montre qu’il est fou de prendre ces gens pour des fous.

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