Lieux : Pays-Bas (Amsterdam), Nevada (Las Vegas et alentours)
Antagoniste : Ernst Stravo Blofeld, M. Kidd et M. Wint
Sixième apparition officielle de James Bond au cinéma, et surtout la dernière (annoncée) de Sean Connery dans le rôle de l’agent secret le plus célèbre du MI6. Une fin de règne à la fois flamboyante et un brin désenchantée.
Après l’intermède australien de George Lazenby (qui n’a pourtant pas démérité) dans Au service secret de Sa Majesté, les producteurs rappellent Connery à prix d’or pour relancer la machine. Le film est construit comme un écrin pour son charisme : sourire en coin, ironie mordante, élégance carnassière. Connery semble s’amuser, parfois même cabotiner, comme s’il prenait congé du personnage avec un clin d’œil.
L’intrigue, adaptée du roman de Ian Fleming, s’éloigne largement du matériau d’origine. Bond infiltre un réseau international de trafic de diamants qui le mène d’Amsterdam à Las Vegas. Derrière ce commerce clandestin se cache un projet délirant : construire une arme spatiale capable de concentrer les rayons du soleil pour détruire des cibles sur Terre.
Sur le papier, l’idée a de l’allure. À l’écran, l’enchaînement des fausses pistes, des identités multiples et des retournements rend l’ensemble parfois confus. L’intrigue apparaît un peu tarabiscotée et cette dispersion narrative nuit à la tension dramatique. Mais elle contribue aussi à son charme kitsch très années 70.
On retrouve avec plaisir Charles Gray dans le rôle d’Ernst Stavro Blofeld (chevelu) et c’est une surprise car, arrivé sur le tard, c’est finalement lui qui marquera le mieux les esprits (avec l’excellent Christoph Waltz) Déjà aperçu dans la série (notamment dans On ne vit que deux fois), Gray propose une version plus théâtrale et ironique du grand méchant du SPECTRE. Son Blofeld, installé dans une base high-tech au cœur du désert du Nevada, oscille entre mégalomanie inquiétante et second degré assumé. Cette incarnation moins austère que par le passé participe au ton plus léger du film. Avec encore la même critique : un nombre incalculable d’occasions d’éliminer Bond, que Blofeld ne saisit jamais.
Face à James (ou avec lui) la contrebandière Tiffany Case (Jill St. John) surprend agréablement. Là où beaucoup de “James Bond Girls” se résument à des archétypes décoratifs, Tiffany Case affiche une personnalité plus affirmée. Indépendante, impliquée dans le trafic de diamants, elle navigue entre duplicité et vulnérabilité. On ne peut donner autant de qualités à Abondance Delaqueue (oui c’est son nom)…
Même constat pour M. Kidd et M. Wint : un duo (et même un couple !) de tueurs qui nettoie la piste des diamants. Charismatiques par leurs visages expressifs, ils retombent assez vite dans l’oubli sitôt hors champ (mais peut-être était-ce intentionnel au niveau de la réalisation)
Les diamants sont éternels n’est sans doute pas le sommet artistique de la période Connery. Trop long, parfois décousu, il reflète une saga en quête de renouvellement, déjà attirée par le spectaculaire outrancier qui culminera dans les années Roger Moore. Mais il reste un témoignage précieux : celui d’un acteur qui aura défini, pour toute une génération, la silhouette, la voix et l’ironie de James Bond.
En refermant ce chapitre, James Bond quitte — provisoirement — le visage de Connery. Et le cinéma d’espionnage, lui, perd pour un temps son incarnation la plus magnétique.
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