14 ans, premier amour

Quand le premier plan est un rapide travelling arrière sur la façade d’un immeuble, il est clair que le film se dirige vers une question sociale. Cela dit, en partant vers l’arrière, il y a l’intention de réduire l’individuel pour s’adonner au collectif. Ainsi, rien de mieux qu’explorer le social par une relecture de « Roméo & Juliette » (Shakespeare est partout, même en Russie dis-donc). Le film de Andrey Zaytsev est une vraie fable romantique, prônant l’amour qui est confronté à une multitude de petits soucis (la famille, l’éducation, les bandes rivales, …). Dans sa mise en scène, le cinéaste tient à surtout mettre en avant l’attitude des deux jeunes tourtereaux. L’envoûtement de l’un, immobilisé et regard fixe, contemplant la posture gracieuse de sa bien-aimée. Fonctionnant d’abord comme une quête, le film se met à introduire un tas d’espaces nouveaux selon les scènes. Ainsi le cinéaste travaille le romantisme par rapport à la distance, par rapport à l’angoisse qu’elle provoque, mais aussi à travers le mouvement. La caméra est froide selon les obstacles, et a contrario, suit le mouvement des deux jeunes protagonistes pour leur donner l’élan de la douceur et la tendresse.

14 ANS PREMIER AMOUR est aussi un conte très poétique, grâce à ses images. Très colorées, les plans bénéficient d’une lumière naturelle qui contribuent à l’idée d’idéalisme de cette jeunesse. La photographie du film permet de mettre de côté toutes les questions sociales habituelles. La cruauté n’existe que dans la relation entre les jeunes, en opposant deux visions : ceux qui se déchaînent et ceux qui fantasment. Andrey Zaytsev est plutôt dans le développement du fantasme. Même une ombre devient le fruit d’un fantasme, de la beauté, du bonheur. Le cinéaste réussit à détourner les portes de quais de métro en ouverture vers le fantasme. Mais surtout, à travers la photographie, le film renforce la délicatesse et le risque d’un geste rempli de sentiments. La poésie tient donc surtout sur le corps : le long-métrage a une manière très intime et attentionnée de mettre en avant les corps.

Dans cette fable à la fois romantique et poétique, qui réussit à caser du Radiohead et du Gainsbourg, les corps sont la matière première. La mise en scène et l’esthétique s’appuient dessus pour scinder le récit en deux. Il y a d’abord le drame de l’inconnu. Par le désir et la rivalité qui le bloque, ces jeunes protagonistes sont en pleine initiation de l’adolescence. Pas loin de NAISSANCE DES PIEUVRES de Céline Sciamma dans le traitement des corps, 14 ANS PREMIER AMOUR est une mise à l’épreuve du corps afin de développer l’esprit de conviction / de persévérance. Le film suit une chronologie ordinaire : de la découverte du désir, débouchant sur la découverte d’un monde, suivi par la confrontation, pour enfin construire peu à peu une histoire personnelle.

La lutte est suivie d’une seconde partie très feel-good. Une fois la relation entamée, les éléments environnants semblent très anecdotiques, tombés dans le flou. Le cinéaste, à partir ce moment là, explore l’amour comme un diamant sensible et rempli de délicatesse (et de patience). Sauf que le long-métrage subit un manque de dynamisme au montage, où le tout semble paisible et trop modéré. La seconde partie pleine de romantisme contient quelques longueurs et plusieurs temps mort. A trop vouloir explorer l’intime des protagonistes, le film en vient à les enchaîner sans réelle conviction. L’absence d’un père n’est pas exploitée, tandis qu’il faut toute une scène pour entrer dans une chambre. Là est le grand défaut du film : ne pas réussir à définir le temps dans toutes les situations concrètes.

14 ANS PREMIER AMOUR de Andrey Zaytsev
Avec Gleb Kalyuzhny, Ulyana Vaskovich, Olga Ozollapinya, Dmitry Barinov, Daniil Pikula, Elizaveta Makedonskaya, Aleksey Filimonov, Shandor Berkeshi
Russie / 105 minutes / 10 Mai 2017

3.5 / 5
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