« A House Of Dynamite » : l’histoire (nucléaire) sans fin

Kathryn Bigelow fait revivre les 18 dernières minutes d'une catastrophe sous les différents angles de protagonistes d'une visio-conférence. Du Président des États-Unis au simple officier militaire, chacun prend sa dose de stress et la communique au spectateur.

A House Of Dynamite a évidemment un gros avantage pédagogique : on comprend rapidement ce qu’il se passe, on sait ce que l’on doit savoir tout comme on sait aussi ce que l’on ne doit pas. Tout le film n’est qu’une tension permanente qui a pour objectif (seul objectif ?) d’embarquer l’audience dans l’aventure.

Dans cet exercice, la réalisatrice oscarisée Kathryn Bigelow excelle. La fameuse visio-conférence est une somme de toutes les cellules de crise états-uniennes dans laquelle finalement on pourrait nous aussi avoir notre petite case, dans un coin, en tant que spectateur impuissant de la situation. Que nous ayons un avis ou non sur ce qu’il faut faire face à ce missile nucléaire se dirigeant vers le sol américain n’a que peu d’importance : seul le président (Idris Elba, sous-exploité comme l’ensemble des acteurs de ce film, chorale en quelque sorte) est décisionnaire.

Et c’est justement ce qui peut diviser : tout le film est construit pour faire monter la pression autour de la décision présidentielle, mais en offrant une fin ouverte. Dans A House Of Dynamite, le voyage est finalement plus important que la destination. Il faut adhérer au contrat. Vivre le déroulé plutôt que connaître l’issue. On en revient donc à un superbe travail de réalisation, mais qui ne réussit pas sur tous les plans.

La diffusion des émotions est inégale : carton plein pour le stress, la tension, le doute, l’hésitation bref, vous saisissez le principe. Échec en ce qui concerne l’attachement aux personnages et donc le ressenti de leurs propres émotions. Même la surprise du formidable Jared Harris en ministre de la Défense (on dit secrétaire d’État) tombe à plat, si vous me passez l’expression. Pas de place pour les sentiments autres que ceux liés à notre missile inconnu. Car c’est finalement lui, l’acteur principal : créant la surprise, déjouant les pronostics, il impose son rythme à tout le monde. Du début à sa fin.