Des fois, il ne faut pas regarder les bandes-annonces car ils peuvent tromper sur les intentions d’un film, et surtout il est possible de mal interpréter un sujet. Dans CHERCHEZ LA FEMME, il y a effectivement un jeune homme parti au Yémen qui s’est radicalisé. Mais la cinéaste ne parle pas d’attentat ni de « mauvaises personnes ». Voici un film qui ne tend pas à séparer ses personnages dans un duel Bien contre Mal. Ici, tout est un état d’esprit : la question de la famille croise celle de l’amour puis celle de l’affirmation personnelle. Grâce à ces questions sur les termes « eux », « nous » et « moi », CHERCHEZ LA FEMME ne pose pas de problématique, il cherche à réconcilier.
Il s’agit effectivement d’un sujet complexe à traiter, mais c’est aussi le rôle du Cinéma que d’aller étudier toutes les facettes du monde. Sinon, Spielberg n’aurait jamais pu faire LA LISTE DE SCHINDLER, il n’y aurait jamais eu de cinéma de propagande, Gérard Oury n’aurait jamais pu faire LA GRANDE VADROUILLE. Il est même agréable de voir comment CHERCHEZ LA FEMME trace son chemin dans la lignée du film de Oury. Sou Abadi choisit le ton de l’humour pour explorer son sujet. L’acceptation et la réflexion est déjà plus aisée pour le public avec une comédie, qu’avec un film qui se veut trop sérieux. Tout simplement parce qu’avec la comédie, on peut parler de tout. Ce n’est pas pour rien que INGLOURIOUS BASTERDS de Tarantino fut un succès. La comédie permet d’intégrer tout autre genre (dont le drame avec Sou Abadi) et permet de les aborder avec davantage de légèreté mais sans pour autant en enlever toute sa substance.
C’est avec le déguisement que CHERCHEZ LA FEMME réussit à tisser sa toile autour de son sujet. Parce que le film ne prend l’idée du jeune homme radicalisé que comme élément déclencheur, et non comme point central. Le noyau est ce fameux déguisement, c’est cela qui permet à Sou Abadi d’aborder de nombreuses pistes autour de son protagoniste (joué par un Félix Moati débordant d’énergie et d’auto-dérision). Grâce à des références notables à CERTAINS L’AIMENT CHAUD de Billy Wilder, Sou Abadi s’amuse de l’idendité de chacun de ses personnages. Dans le film, l’identité devient un terrain de jeu, où se crée une action de miroir : avec le déguisement, le jeune homme radicalisé est mis face à ses propres contradictions et sa propre absurdité.
Dans son ton léger de comédie, CHERCHEZ LA FEMME fait donc le choix d’une esthétique modeste. Là où ce type d’esthétique (aussi bien le découpage de plans et le montage) serait académique et insignifiant dans un film purement dramatique, ici il sert à créer de la transparence avec l’ambiance. Parce que la mise en scène est assez rythmée dans le temps, parce qu’elle demande de toujours faire attention au positionnement dans l’espace, alors le film réussit à décortiquer son ambiance. Grâce à la mise en scène et à la légèreté, Sou Abadi arrive par exemple à passer du suspense au romantisme. Il s’agit d’un long-métrage qui scrute la souffrance de l’absence, tout en multipliant les espaces pour montrer que le déguisement finit par se propager comme un acte perturbateur : parce que la réelle valeur est sous le déguisement, sous le masque, dans le coeur.
CHERCHEZ LA FEMME de Sou Abadi.
Avec Félix Moati, Camélia Jordana, William Lebghil, Anne Alvaro, Carl Malapa, Oscar Copp, Oussama Kheddam, Walid Ben Mabrouk, Laurent Delbecque, Predrag Manojlovic, Sam Mirhosseini.
France – 1h28 – 28 Juin 2017