La cité muette

Réalisé par Sabrina Van Tassel. France. 90 minutes. Sortie française le 13 Mai 2015.

La réalisatrice a choisi d’intervenir directement dans son film. Il se présente comme un parcours personnel effectué par Sabrina Van Tassel, dans ses recherches pour reconstituer un fait historique. Seulement, elle emploie souvent le « je ». Au lieu que ce soit les recherches, ou même le film, qui guide le propos, c’est la réalisatrice qui désigne. Le film n’a aucune autonomie. Il est contraint à suivre l’état d’esprit et les réflexions de sa réalisatrice. Le documentaire n’est alors jamais dans l’exploration d’un fait. Mais il est dans la livraison naïve et brutale d’informations pour reformer un puzzle. Il va falloir se dire, un jour, que l’emploi du « je » répété dans un film n’est pas la preuve d’un état d’esprit universel.

Surtout avec le texte déblatéré par la réalisatrice. Qui vient souvent, comme c’est une voix over, s’incruster dans des plans destinés à la contemplation. Le problème, c’est que le niveau informatif du ton semble toujours incohérent avec les images présentées. Quand Sabrina Van Tassel parle des internés qui se suicidaient, ou qu’elle parle de cette période comme une tâche dans l’histoire de France tout en filmant une marche d’escalier où le ciment réapparaît à travers la peinture, etc. On peut même citer cette phrase : « hier, ils erraient dans les couloirs du camp, baignant dans leurs excréments », montrant tout le cynisme et le manque de tact du texte que dit la réalisatrice.

Venons-en aux images, guère plus inventives. Le documentaire se repose sur trois idées de plans. Tout d’abord, il y a les traditionnels témoignages des anciens internés et/ou déportés. Des paroles face caméra, toujours en plans rapprochés, qui ne cherche qu’à utiliser les faits racontés par les personnes interrogées. Il n’y a aucun travail de scénographie, pour ne serait-ce qu’apporter un point de vue sur ces personnes qui ont souffert. La parole, les faits, et c’est tout. La dimension informative prend acte dans des images démonstratives, par le biais d’images d’archives. Les photographies de l’époque ne sont là que pour apporter un peu de pédagogie supplémentaire. Érigées et filmées avec un dogmatisme élevé, ces photographies servent davantage à appuyer l’émotion de la tragédie qu’à raviver le devoir de mémoire.

Une troisième idée vient s’ajouter au découpage du documentaire. Et c’est surement le seul intérêt du film, même si ces plans sont trop rares. Même si certaines fois mal exploitées, certains plans font penser au travail de Alain Resnais sur NUIT ET BROUILLARD. Filmer l’état des lieux présent pour laisser imaginer les conditions du passé. Le film va explorer à maintes reprises cette idée, et va entraîner son cadre dans une division de l’espace. En allant capter plusieurs endroits de la cité, le film va suggérer de multiples situations qui ont eu lieu dans le camp.

Le grand défaut du film, c’est qu’à force de pousser trop loin sa dimension informative, il va davantage côtoyer le reportage que le documentaire. On croirait une plongée dans une enquête de l’émission « Reportages » du weekend sur TF1. L’agencement des séquences n’a aucun intérêt, et le film ne suit aucune direction cohérente. Le documentaire part dans tous les sens, n’est jamais structuré pour éviter de s’emmêler. Sauf que, en appuyant sur l’information, le film n’a qu’un seul objectif : être larmoyant. Il faut croire que LA RAFLE de Roselyne Bosch n’a laissé aucune leçon, puisque Sabrina Van Tassel s’aventure également dans le mélo-pathos qui veut rester gentil, filmer des anciens internés pleurer, et garder son politiquement correct pour conclure sur « oh, c’était vraiment pas bien de faire ça, vilains ! ».

1.5 / 5
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