Réalisé par Kenneth Elvebakk. Avec Lukas Bjorneboe Braendsrod, Syvert Lorenz Garcia, Torgeir Lund. Norvège. 75 minutes. Sortie française le 27 Mai 2015.
Le film se présente comme un documentaire, notamment avec ces cartons de présentation dès le début. Mais en progressant, la caméra devient de plus en plus libre. Voire même autonome. Dans la majorité du temps, elle agit comme un témoin face aux situations. Tout est dans la démonstration. Celle-ci est accentuée lors de quelques plans bienvenus. Comme des touches de fiction, où le documentaire fait une pause, pour faire une place au spectacle. Des pieds qui tournent, des bras qui se lèvent, des corps qui se meuvent, etc le tout en pleine synchronisation. Même les plans sur une scène sont plus ambitieuses que de simples captations de spectacles.
Le grand soucis est que ces touches de fiction sont trop peu présentes, et pas assez utilisées dans le besoin de la narration. Car le montage du film offre un rythme insupportable. Celui d’un suspense formaté par la grande école du thriller. La seule question qui culmine au-dessus des images, est de savoir si les trois adolescents vont réussir à leur objectif. Davantage un film de bataille avec soi-même qu’un film de danse, il va tout de même se poser sur des éléments conventionnels du thriller. Chaque séquence est presque indépendante, car représentant un défi unique. Chaque efforts peine à se relier, et même à s’assembler pour former une persévérance.
Dans cette dimension thriller, il faut noter l’omniprésence de la bande originale. La musique est coupée selon les cours de danse et les répétitions filmées. Sinon, une musique est toujours présente en fond. Même quand une personne ne fait que marcher et valider un ticket, il y a un son. A de nombreux moments, le film peut devenir un reportage du weekend sur TF1 ou un épisode d’une émission de télé-réalité. Tous les détails du parcours des adolescents sont donnés explicitement, pour que la seule question à se poser est à propos de la réussite.
Mais le découpage, et d’une certaine manière le montage (au moment de choisir les rushs à garder), accentue la focalisation sur les trois adolescents. Et non sur la danse, ni sur les écoles : on en saura très peu sur la naissance de cette passion et très peu sur les écoles rêvées. Par contre, le film dévoile tout le nécessaire sur l’intimité des trois jeunes danseurs. Grâce à des échelles de plans rigoureusement pensés, ces instants privés (l’attente dans un couloir, l’aménagement dans un dortoir, l’annonce de la nouvelle au téléphone, un câlin avec un parent, …) forment une dimension romanesque au documentaire. Le film entre davantage en profondeur de ses adolescents que dans leur passion.
En cela, l’amitié des trois adolescents est très importante pour le bon déroulement du film. Parce que ce documentaire suit trois amis d’enfance, il devient aussitôt plus ample. Il ne va pas broyer du noir en changeant de point de vue. Au contraire, les trois jeunes danseurs forment un seul et même noyau. Les quelques séparations sont des moments des plus déchirants. Car le film développe cette amitié comme un soutien essentiel, un moteur de travail et une source d’énergie en dehors de la scène. Souvent filmés ensemble dans le cadre, les trois adolescents sont plus que des danseurs : ils sont la jeunesse qui rêve, qui ose et qui ne baisse pas les bras.
2.5 / 5